Biblioteca Quijotesca

  

Victor Hugo

El puntal de los imperios

  


Puesto que este mundo existe, más nos vale tolerarlo.
A los seres, sin enojo, considerarlos sepamos.
Este hombre es el burgués del siglo en el cual vivimos.
Vendedor, en otros tiempos, de sebos y de jabones,
Es ahora rico y tiene prados, viñedos y bosques.
Al pueblo llano aborrece, tampoco ama a los nobles;
Pues es hijo de un portero, en estos tiempos afirma
Que es inútil descender de familia de alta alcurnia.
Es severo. Es virtuoso. Y forma parte también,
En diciembre pisan siempre buenas alfombras sus pies,
Del gran partido del orden y de la gente de bien.
Odia a los enamorados y a quien es inteligente;
Es un poco pedigüeño, usurero algunas veces;
Al progreso llama santo y pura a la libertad,
Del derecho de naciones va proclamando: «¡Ni hablar!».
Del sentido común tosco de Sancho Panza hace alarde
Y dejaría morir en la miseria, a Cervantes;
Por Boileau admiración siente, a las criadas pellizca,
Y después de revolcarse en la paja con Juanita,
Clama que son inmorales novelas y folletines.
A la misa a la que acude cada domingo del año,
Lleva a jesús bajo el brazo en un breviario dorado,
El pesebre, el calvario y también el Dies Illa.
- No es que crea, entre nosotros, todas esas tonterías,
Nos dice. - Y si él asiste es por causa de su nombre,
Para que el pueblo vil crea viendo creer a este hombre,
Porque hay que entontecer a esta gente que está hambrienta,
Porque algún que otro buen Dios hace falta a fin de cuentas.
«¡Haced sitio!», el sacristán da un golpe y él aparece,
En un banco reservado su tripa sublime extiende,
Orgulloso de sentir que con esta devoción,
Al pueblo tiene sujeto y de Dios es protector.


Puisque ce mônde existe, il sied qu'on le tolère./ Sachons considérer les êtres sans colère./ Cet homme est le bourgeois du siècle où nous vivons./ Autrefois il vendait des suifs et des savons,/ Maintenant il est riche; il a prés, bois, vignobles./ Il déteste le peuple, il n'aime pas les nobles;/ Étant fils d'un portier, il trouve en ce temps-ci/ Inutile qu'on soit fils des Montmorency./ Il est sévère. Il est vertueux. Il est membre,/ Ayant de bons tapis sous les pieds en décembre,/ Du grand parti de l'ordre et des honnêtes gens./ Il hait les amoureux et les intelligents;/ Il fait un peu l'aumône, il fait un peu l'usure;/ Il dit du progrès saint, de la liberté pure,/ Du droit des nations: je ne veux pas de ça!/ Il a ce gros bon sens du cher Sancho Pança/ Qui laisserait mourir à l'hôpital Cervantes;/ Il admire Boileau, caresse les servantes,/ Et crie, après avoir chiffonné jeanneton,/ A l'immoralité du roman feuilleton./ A la messe où sans faute il va chaque dimanche,/ Il porte sous son bras jésus doré sur tranche,/ La crèche, le calvaire et les Dies illa./ - Non qu'entre nous je croie à ces bêtises-là,/ Nous dit-il. - S'il y va, cela tient à sa gloire,/ C'est que le peuple vil croira, le voyant croire,/ C'est qu'il faut abrutir ces gens, car ils ont faim,/ C'est qu'un bon Dieu quelconque est nécessaire enfin./ Là-dessus, rangez-vous, le suisse frappe, il entre,/ Il étale au banc d'cevre un majestueux ventre,/ Fier de sentir qu'il prend dans sa dévotion,/ Le peuple en laisse et Dieu sous sa protection.


Victor Hugo (1802-1885), El puntal de los imperios, Los cuatro vientos del espíritu (1881)

8/01/2000



Volver al Índice