L’interprétation des constructions détachées

 

clac 10/2002

 

Eva Havu

 

Université de Helsinki

 

eva.havu@helsinki.fi

 

 

Les problèmes liés à la traduction des constructions détachées françaises en finnois nous ont fait réfléchir à leur interprétation. En finnois, qui est une langue à cas, il est en effet impossible de détacher un élement sans le décliner, et très souvent, il faut avoir recours à une subordonnée. Quelle que soit la solution, elle dépend largement du contenu sémantique de la construction.

            Les constructions détachées sont, d’après la définition de Combettes (p. ex. 1998, 11,14,), des constructions dont la place est libre, qui sont séparées du reste de la phrase par une virgule (ou par une pause, dans le discours oral), qui ont, généralement, une relation de coréférence avec le sujet de la phrase et qui forment une prédication seconde, dont la tâche est de fournir une information supplémentaire :

 

               1.          Stupéfaite, elle s’immobilisa

                        Cette décision, trop hâtive, a été mal acceptée

                              Il est sorti, exaspéré par ces remarques (Combettes 1998 : 11)

 

Les constructions détachées ne sont pas des dislocations, parce que, d’après Picabia (1991 : 91-92), une séquence disloquée implique généralement une pronominalisation (ou un autre élément de rappel) et apparaît à droite ou à gauche de l’élément pronominalisé (ex. 2.a). Par contre, une construction détachée, qui a trois places possibles (v. ex. 1), apporte toujours une information supplémentaire, et l’élément auquel elle se rapporte garde sa place syntaxiquement définie dans la phrase (ex. 2.b.) :

 

               2.a.       Jean voit ton frère tous les jours

                              Ton frère, Jean le voit tous les jours.

 

               2.b.       Quand Jean était professeur, il travaillait dix heures par jour.

                              Professeur,  Jean / il travaillait dix heures par jour.

 

Un grand nombre de linguistes appellent les constructions du type 2.b. appositions, mais comme ce terme a fait l’objet de nombreux débats (v. p.ex. Forsgren 1988, 1991, 1993, Lago 1994, Picabia 1991, Neveu 1995, 1996, Raabe 1979), et que certains linguistes l’entendent d’une manière très vaste (p.ex. Wilmet 1998), nous avons choisi de suivre l’exemple de Combettes et de les appeler constructions détachées, tout en étant consciente du fait que ce terme n’est pas non plus très heureux (Combettes lui-même le commente p.ex. dans son ouvrage de 1991 : 33 (Combettes & Tommassone : Le texte informatif), et Fradin (1990) entend par le terme “constructions à détachement” une grande quantité de constructions différentes qui ne seront pas examinées dans ce travail).

            Combettes (1998 : 17-28) et Forsgren (1988 : 143, 1991 : 605-606) distinguent les types suivants de mots ou de constructions qui peuvent constituer une construction détachée (Forsgren parle donc d’appositions, mais sa définition correspond largement à celle de Combettes donnée ci-dessus (1988 : 138-139 ; Combettes & Tomassone 1991 : 600-603)) :

 

– noms et pronoms : Auteur de “ Mme Bovary “, Zola aurait connu plus rapidement le succès (ex. de Combettes 1998).

 

– adjectifs, participes passés ou syntagmes prépositionnels correspondants : Cet homme qu’on évacue, en chaussettes, inanimé, c’est un conseiller d’Etat (ex. de Forsgren 1991 : 606).

 

– constructions absolues : Ils s’en vont, hirsutes, les yeux ravagés par la peur (ex. de Forsgren 1991 : 606).

 

– participes présents : Regardant à sa gauche, il vit le facteur qui sortait de sa maison (ex. de Forsgren 1993 : 18). Notons que Combettes compte aussi le gérondif parmi les constructions détachées.

 

De plus, Forsgren prend en considération d’autres types encore :

 

– syntagmes adverbiaux : ... un écrivain qui lève son verre pour répondre à un toast d’hommes en smoking, debout autour de la table (Forsgren 1991 : 606).

 

– subordonnées relatives (explicatives) : Sartre, qui réfléchissait déjà sur une perception, l’image, l’imaginaire, reprenait la thèse d’Alain... (Forsgren 1991 : 606).

 

– infinitifs :Il n’a qu’une idée : s’évader (Forsgren 1991 : 606).

 

constructions spatiales ou temporelles : Ce premier ministre légendaire, de 1946 à 1969, personnalité d’abord froide et austère, [...], savait repérer les jeunes talents politiques (Forsgren 1991 : 610).

 

Nous ne discuterons pas ici du fait de savoir ce qui peut être compté parmi les constructions détachées et pour quelle raison. Nous avons choisi la solution la plus facile (cf. Forsgren 1988 : 143), c’est-à-dire de nous limiter ici à trois types d’éléments : le nom, l’adjectif (ou le groupe prépositionnel correspondant) et le participe passé, qui, formant une construction détachée, peuvent tous être remplacés, d’une manière naturelle, par une subordonnée contenant le verbe être (ce qui n’est pas le cas p.ex. avec les constructions absolues, les gérondifs et les participes présents, même si on peut y voir aussi une construction sous-jacente à verbe être).

Seront donc étudiés les types de constructions suivants :

 

               3.a. Heureux au gouvernement, [...], Fabius entend obtenir [...] (Le Monde 27.5.00 / 8)

               > Fabius, qui est heureux au gouvernement [...]

 

               3.b. Fournisseur de la couture et du prêt-à-porter de luxe, le tisseur Hurel a vu la mousseline

               passer [...] (Le Monde 27.5.00 / 32)

               > Le tisseur Hurel, qui est fournisseur de la couture et du prêt-à-porter de luxe [...]

 

               3.c. D’origine portugaise, le jeune couple vit avec ses deux enfants [...] (Le Monde 27.5.00 /

               33)

               > Le jeune couple, qui est d’origine portugaise, vit [...]

 

               3.d. Composée de dix épisodes d’une demi-heure, cette série estivale sera complétée d’entretiens

               avec des témoins comme le violoniste Isaac Stern ou Madeleine Milhaud (Le Figaro 15.5.00 /

               38).

               > Cette série estivale, qui est composée de dix épisodes d’une demi-heure, sera complétée [...]

 

Il est vrai que les participes passés se distinguent des noms et des adjectifs en ce qu’ils peuvent garder leur origine verbale et exprimer une activité (cf. p. ex. Combettes 1998 : 11, Havu (à paraître), Koivisto 1987 : 4), comme c’est le cas dans la deuxième phrase de l’exemple 3.e. ; par contre, dans l’exemple 3.d., le participe décrit un état, comme c’est toujours le cas quand il s’agit d’un nom ou d’un adjectif détachés (cf. exemples 3.a. – 3.c.) :

 

               3.e. Né le 28 décembre 1907, Erich Mielke s’inscrit dès l’âge de quatorze ans aux jeunesses

               communistes. Arrêté en 1939 en France, il s’échappe et se réfugie une deuxième fois à

               Moscou. (LM 27.5.00 / 17).

                > Après avoir été arrêté en 1939 en France, il s’échappe et, [...]

 

Paraphrasés par une subordonnée, les participes passés détachés doivent toujours être auxiliés par être (cf. Blanche-Benveniste 1998 : 45-46). Ces paraphrases montrent que les participes peuvent faire partie d’une construction active (Mielke est né le 28 décembre 1907) ou passive (Mielke a été arrêté). Quant aux constructions passives, on peut en distinguer deux types, celles qui décrivent une action en train de se dérouler et où il s’agit d’un procès (4.a), et celles qui notent l’état résultant d’une action qui a eu lieu (4.b) (Riegel 1999 : 437-438). Dans le cas de 4.a., les participes sont atéliques, dans le cas de 4.b. téliques (Riegel parle ici de verbes imperfectifs et perfectifs, mais nous préférons utiliser ces termes en parlant d’aspect verbal et non de modes d’action des verbes, comme c’est le cas ici) :

 

               4.a. Le coupable est activement recherché

               4.b. Les copies sont corrigées (ex. de Riegel 1999 : 437-438).

 

Parmi les participes décrivant un état, certains sont devenus de vrais adjectifs (p.ex. déçu, ému).

 

D’après Combettes (1998 : 42, 46), les constructions détachées peuvent être réparties en deux catégories principales : celles qui sont uniquement descriptives et qui correspondent surtout à une proposition relative ou à une phrase coordonnée (5.a), et celles qui ont une valeur circonstancielle (ou plusieurs valeurs circonstancielles) (5.b) :

 

               5.a. Immobile, il regardait par la fenêtre (Combettes & Tomassone 1991 : 85)

               5.b. Privé de sens moral, cette privation était sa force : Lorsqu’il était privé..., Comme il               était privé...., S’il avait été privé..., Bien qu’il fût privé... (Combettes 1996 : 95).

 

La valeur descriptive (type 5.a.) est la valeur la plus courante, mais comme nous nous intéressons aux constructions détachées qui peuvent avoir une interprétation circonstancielle (type 5.b.), nous ne la traiterons pas dans ce travail. En fait, dans un grand nombre d’exemples, il est très difficile, voire impossible, de dire si la valeur circonstancielle l’emporte sur la valeur descriptive ou vice versa ; nous ne prendrons pas position sur cette question et l’éventuelle variante descriptive ne sera donc pas mentionnée.

            Comme nous l’avons déjà vu (ex. 5.b), les constructions détachées peuvent avoir plusieurs valeurs circonstancielles différentes (voir p.ex. Combettes 1988, 1991, 1996, 1998, 2000; Forsgren 1991, 1993; Neveu 2000), dont l’identification dépend non seulement de la bonne interprétation linguistique de la phrase et du contexte, mais aussi de connaissances extralinguistiques, c’est-à-dire des conaissances du monde du lecteur (Combettes & Tomassone 1991 : 85, Forsgren 1991 : 607, 1993 : 20).

            Les valeurs circonstancielles des constructions détachées semblent aussi être liées à la place de la construction. En tête de la phrase, elles ont bien plus souvent une valeur circonstancielle qu’ailleurs dans la phrase, où p.ex une interprétation conditionnelle ou concessive n’apparaîtraient pas (Combettes 1998 : 67). Quant à Forsgren (1993 : 21), lui aussi considère l’ordre élément apposé + base comme l’ordre marqué et d’après lui, on éviterait même de placer une construction détachée en tête de la phrase, si une interprétation circonstancielle n’est pas pertinente. Nous ne sommes pas entièrement d’accord avec lui, car il semble extrêmement courant, dans certains types de texte, tels que les biographies et les guides touristiques, qu’un élément purement descriptif occupe la première place.

 

Le corpus étudié est constitué de textes informatifs (v. Combettes & Tomassone 1991), tirés de plusieurs numéros des trois quotidiens Le Figaro, Libération, Le Monde et des deux hebdomadaires L’Express et Le Point, ainsi que de guides ou dépliants touristiques(Le Guide Vert Alsace/Lorraine (2000), Visite au cœur de Rouen (2001), Metz, promenades & jardins (2000)) et publicitaires (Les Boréales 2001).

            Dans les exemples relevés apparaissent sept valeurs circonstancielles :

 

a. Valeur temporelle

b. Valeur causale

c. Valeur conditionnelle

d. Valeur concessive

e. Valeur d’opposition (en tant que X, quant à sa carrière comme X))

f. Valeur d’opposition (qu’il s’agisse de X ou d’Y)

g. Valeur d’ajout (en plus d’être)

 

Il est intéressant de constater que l’interprétation de ces valeurs dépend le plus souvent de facteurs localisés au niveau de la phrase, même dans les cas où la construction détachée reprend un élément connu :

 

               6.a. Titre: Erik Juul Clausen

               2ème paragraphe : Erik Juul Clausen a publié plus d’une cinquantaine de nouvelles [...]

               Début du 3ème paragraphe : Nouvelliste avant tout, Erik Juul Clausen a également écrit

               plusieurs ouvrages d’astronomie, entre autres [...], réédité plusieurs fois au Danemark et en

               Suède, deux romans de science fiction : [...], ainsi qu’une douzaine de livres pour enfants

               adolescents (Les Boréales 2001 / 6)

               > Bien qu’ Erik Juul Clausen soit avant tout nouvelliste, il a également écrit [...]

 

Le texte nous indique clairement que Clausen a écrit beaucoup de nouvelles, ce qui est encore souligné dans la construction détachée, mais la phrase aurait une autre interprétation si le contenu de la principale changeait :

 

               6.b. Nouvelliste avant tout, Erik Juul Clausen n’a écrit que deux romans de science fiction.

               > Comme Erik Juul Clausen est avant tout nouvelliste, il n’a écrit que deux romans de science

               fiction.

 

De même, dans l’exemple suivant, le contexte nous laisse comprendre pourquoi Marita Lorenz est incapable de s’adapter aux réalités, tandis que la proposition principale nous indique la bonne interprétation de la construction détachée dont incapable constitue le noyau :

 

               7.a. Titre : La navrante épopée de Marita Lorenz

               En 1959, année de la révolution triomphante à Cuba, Marita Lorenz a 20 ans. Elle est belle,

               libre et marquée à vie par un passage avec sa mère une actrice américaine [sic] – au camp de

               concentration de Bergen-Belsen à l’âge de quatre ans et un viol à l’âge de sept. Incapable de

               s’adapter aux réalités, elle s‘évade en passant sa vie à bord des paquebots commandés par son

               père, le capitaine Heinrich Lorenz. [...] (Le Figaro 14.11.01 / 28)

               > Comme elle est incapable de s’adapter aux réalités, elle s‘évade [...]

 

Mais :

               7.b  Incapable de s’adapter aux réalités, elle essaie toutefois de mener une vie normale [...]

               > Bien qu’elle soit incapable de s’adapter aux réalités, elle essaie toutefois de [...]

 

Cependant, le contexte nous aide dans la bonne interpétation par exemple si la construction détachée contient des éléments culturels inconnus ou peu connus au lecteur (8.a) ; il peut indiquer s’il s’agit d’une itération ou d’une action unique (v. exemples 9.a – 9.c. ci-dessous) ou donner une orientation pour distinguer une construction conditionnelle d’une construction causale (v. ex. 27) :

 

               8.a. Titre: Asef, transfuge taliban : “ Ils ont attaqué, nous les avons suivis volontairement “

               Asef a trente ans. [...] Originaire de Bagram, il a combattu avec le chef de guerre tadjik,

               Ahmed Chah Massoud, avant de rejoindre le mouvement taliban lorsque les “étudiants en

               religion” du mollah Omar ont conquis Kaboul en 1996 (Le Monde 14.11.01 / 3)

               > Comme il est originaire de Bagram, il a combattu avec le [...]

 

Comme le texte nous indique qu’Asef est un transfuge taliban et qu’il n’a rejoint les talibans que lorsque les partisans du mollah Omar ont conquis Kaboul, il est à supposer qu’il ait d’abord lutté pour le chef de guerre tadjik parce qu’il venait de la même région.

 

Nous examinerons ci-dessous, dans l’ordre (a) – (g), les contructions détachées à valeur circonstancielle relevées dans le corpus, en essayant de dégager les facteurs sémantiques et syntaxiques qui orientent l’interprétation des énoncés.

 

a. Valeur temporelle

 

Les constructions détachées ayant une valeur temporelle peuvent exprimer soit une simultanéité (a.1), soit une antériorité (a.2) par rapport à la proposition principale.

 

a.1. Relation de simultanéité (quand, à l’époque où, alors que)

 

Quand il s’agit d’un rapport de simultanéité entre la construction détachée et la proposition principale, la construction détachée doit exprimer un état. Une expression temporelle peut éventuellement contribuer à cette interprétation, mais dans nos exemples, elle n’apparaît que rarement.

Pour illustrer la différence entre ces constructions temporelles et les pures descriptions, où il s’agit aussi d’un état, donnons les exemples suivants :

 

9. a. Émue, elle (Catherine Trautmann) rappelle qu’en étant la seule à troquer son mandat de

maire contre un simple poste de conseillère municipale en 1997, elle a [...] (Le Figaro 15.5.00

/ 8) : situation d’interview : description

9.b. Fatigués, les enfants devenaient insupportables (Le Figaro 6.6.00 / 12)

9.c. Enfant, Ninon de Lenclos s’initie au Luth et au chant (L’Express 3.12.98 / 80)

 

Dans la phrase (9.a), il s’agit d’un état transitoire de courte durée (émue) qui décrit les circonstances dans lesquelles a lieu l’activité non-itérative exprimée dans la proposition principale (il s’agit d’une interview), tandis que dans la phrase (9.b), il s’agit d’un état qui se répète chaque fois que l’état décrit par la construction détachée se produit (on pourrait y voir aussi une condition (S’ils étaient fatigués...), et dans la phrase (9.c) apparaît un état transitoire révolu de longue durée, au cours duquel l’activité en question a eu lieu. Notons qu’en faisant quelques modifications, la phrase (9.a), pourrait devenir temporelle (type (9.b)) :

 

9.d. Émue, elle devenait insupportable

 

Dans les rares exemples que nous avons relevés, les noms et adjectifs sont du type 9.c. Le verbe de la principale, qui est dans nos exemples atélique, est au passé:

 

10. (Interview avec Jean-Claude Brialy)

Dernière question : Avez-vous conservé un modéle dans votre vie, au fil de votre carrière?

Jeune, mon idole était Jouvet. J’aimais son inquiétude. Mais l’acteur que j’aurais voulu être,

c’est Marcello Mastroianni (Le Figaro 15.5.00 / 36).

 

11. Titre: Laeticia Le Guay raconte la musique

Au début du texte : “ Enfant, je ne concevais pas une vie possible sans l’appui de la

littérature. “ Normalienne, agrégée de lettres, violoncelliste, et accessoirement sœur de la

pianiste Claire-Marie Le Guay, Laetitia Le Guay prolonge, depuis le début de la saison, les beautés de notre patrimoine musical par l’anecdote littéraire (Le Figaro 15.5.00 / 38)

           

Si les constructions détachées exprimaient un état permanent qui dure au moment de l’énonciation, ces phrases auraient plutôt une interprétation causale: Professeur de littérature, je ne conçois pas une vie possible sans l’appui de la littérature. Tout en gardant le temps du passé de la principale, mais en en modifiant le contenu de manière à avoir une éventuelle conséquence du fait d’être jeune ou enfant, on pourrait aussi imaginer une interprétation causale, en plus de l’interprétation temporelle : Jeune, je ne comprenais pas de quoi il s’agissait.

 

            Quant aux participes passés, les exemples où ils marquent une relation de simultanéité avec la proposition principale sont, eux-aussi, peu nombreux. Le participe passé exprime, dans ces exemples, le plus souvent un état transitoire (verbe atélique) qui a duré (ou qui durera) pendant que l’événement décrit dans la principale a eu lieu (ou aura lieu) (type 9. c, ex. 12) ; il est rare de trouver des constructions du type (9.b) où il s’agit de l’itération d’un état transitoire :

 

12. Titre : L’indemnisation de malades relance la controverse sur l’innocuité du

vaccin contre l’hépatite B

Au milieu du 3ème paragraphe : [...] Réunie le 25 avril, la commission de règlement

amiable des accidents vaccinaux avait étudié les dossiers présentés par huit autres personnes

souffrant de différentes manifestations pathologiques survenues après la vaccination

(Le Monde 27.5.00 / 14).

 

Dans un seul exemple, le participe télique exprime un procès et garde son origine verbale. Ici, c’est la principale, dont le verbe est au plus-que-parfait, qui forme un arrière-plan à l’événement :

 

            13. Titre: De l’épopée, l’Histoire n’a retenu qu’un nom : Maurice Herzog

               Au milieu du 5ème paragraphe : [...] La même année, les éditions Michel Guérin, à

               Chamonix, publient l’intégrale des Carnets du vertige de Louis Lachenal. Édités une première

               fois en 1956 sous la direction de Gérard Herzog, frère de Maurice, ces carnets avaient été

               largement amputés des passages qui mettaient à mal la belle épopée de l’Annapurna (Le Monde

               4-5.6.00 / 12).

 

Dans les phrases où l’on peut voir une relation de simultanéité entre la construction détachée et la proposition principale, au moins l’une de ces deux doit alors exprimer un état qui forme un arrière-plan à l’événement exprimé dans l’autre. Très souvent, les deux expriment des états, et la construction détachée marque une limite à l’état exprimé dans la principale.

            Les exemples du type 9.b. (itération) sont rares, mais dans les exemples trouvés, la construction détachée exprime un état transitoire capable de se répéter.

 

 

a.2. Relation d’antériorité (après avoir)

 

Les constructions détachées qui expriment une antériorité par rapport au verbe de la proposition principale et dont l’élément apposé est un adjectif ou un nom sont rares. Pour pouvoir exprimer une succession, ces constructions doivent être accompagnées de compléments temporels :

 

14. Titre : Pentti Holappa (Finlande)

Né en [...], Pentti Holappa [...]. Un temps ministre de la culture, puis vendeur de livres

anciens, Holappa, à partir de la fin des années 70, se consacre exclusivement à la

littérature (Les Boréales 2001 / 9).

 

15. (Titre : Les arts plastiques. Sous-titre : Sculpture)

[...] Il faut cependant attendre plusieurs siècles avant de voir renaître la statuaire proprement

dite. Encore rare et maladroite à l’époque romane, à l’exception du portail de l’église

d’Andlau, elle s’épanouit à l’ère des grandes constructions gothiques (Le Guide Vert Alsace / Lorraine 2000 / 98).

 

Quant aux participes passés, ils sont rarement accompagnés d’une expression temporelle ; par contre, il s’agit de participes verbaux et la succession des événements ou des états ressort de la succession de deux verbes téliques (16). Lorsque l’on trouve dans la phrase (et/ou dans le cotexte) des expressions temporelles (17), le mode d’action des verbes semble avoir moins d’importance :

 

16. Titre : Drôle d’héritiers pour la Du Barry

Au mileu du 6ème paragraphe : [...] La liste de ces maîtres de maison est aussi fort

longue. On se plaît notamment à relater le cas d’une femme qui, après “ un coup de foudre par un

jour de beau temps “ l’avait acquis (= le château). Mais, revenue sous des cieux moins cléments,

elle aurait décidé de ne plus y mettre les pieds (Le Figaro 6.6.00 / 13).

  

17. Titre : Sur Radio Mille Collines, la voix du génocide rwandais était européenne

Au mileu du 2ème paragraphe : [...] En fuite, George Ruggiu sera arrêté au Kenya en

1997. Extradé vers les Pays-Bas, il plaide d’abord non coupable (Le Monde 4-5.6.00 / 1).

 

 

Qu’il s’agisse de simultanéité ou d’antériorité, nous n’avons trouvé aucune construction détachée temporelle qui ne soit pas en position initiale.

 

 

b. Valeur causale

 

Quand la construction détachée contient une valeur causale, il doit exister une relation cause – conséquence entre elle et le contenu de la proposition principale. Cette relation est généralement implicite et dépend pour une grande partie de l’interprétation subjective du lecteur et de sa vision du monde. Prenons l’exemple suivant :

 

            18. Très indépendante, tout le monde l’admire.

 

Dans une culture où l’indépendance de la femme est appréciée, l’interprétation de la construction détachée serait plutôt causale (Comme elle est...) ; par contre, dans une culture où ce n’est pas le cas, la construction pourrait être considérée comme concessive (Bien qu’elle soit...).

 

Dans ce groupe, nous trouvons des constructions détachées ayant seulement une valeur causale (b.1) et d’autres ayant à la fois une valeur causale et temporelle d’antériorité (b.2)

 

b.1. Valeur causale sans nuance temporelle (comme)

 

Dans les cas où la construction détachée peut avoir une valeur causale sans nuance temporelle d’antériorité, elle décrit un état inhérent ou un état transitoire de longue durée qui forme un arrière-plan à l’action décrite dans la phrase principale (cf. ci-dessus) ; dans les exemples trouvés, le verbe de la principale est télique ou à un temps perfectif :

 

19. Titre : Erich Mielke / L’ancien chef de Stasi

Au milieu du dernier paragraphe : [...] Sénile, il est libéré en août 1995 et vit d’abord

retiré avec sa femme dans un modeste appartement de Berlin-Est, avant d’être admis dans une

maison de retraite. (Le Monde 27.5.00 / 17).

 

20. Au milieu du chapeau : [...] Seule candidate à la succession , son élection ne fut

qu’une formalité attendue. [...]

Titre (après le chapeau) : Nouvelle présidente âgée de seize ans (Le Figaro 15.5.00 / 12)

 

21. Titre : Les noces brillantes de l’opéra et du cinéma / Tosca. Benoît Jacquot magnifie

l’oeuvre de Puccini

Au milieu du dernier paragraphe : [...] Habité par une émotion qui lui appartient en

propre et ne doit rien à l’hérédité culturelle qui précède son film, l’environne et le menace de

toutes parts autant qu’elle l’alimente, Jacquot réinvente pour lui seul une liberté des formes (...) 

qui fait battre nos cœurs (Le Monde 14.11.01 / 33).

 

Nous avons trouvé quelques contructions détachées non-initiales qui suivent la proposition principale et où l’on peut éventuellement voir une explication à ce qui est exprimé dans la principale (sens de car). Il s’agit toujours de participes passés :

 

22. Titre : L’Ouzbékistan bloque l’aide humanitaire à sa frontière. Les autorités restreignent

l’accès à la route qui mène à l’Afghanistan

Au début du 2ème paragraphe : Aujourd’hui, elle pourrait devenir la route de l’espoir

pour des millions d’Afghans qui attendent désespérément l’arrivée de l’aide humanitaire.

Pourtant elle reste close, bloquée par les obscures pesanteurs administratives du gouvernement

ouzbek [...] (Libération 17-18.11.01 / 8).

 

 

b.2. Valeur causale avec nuance temporelle (comme ou après avoir)

 

Il n’est pas étonnant que la valeur causale soit liée à l’idée de succession temporelle, car la cause précède généralement la conséquence. Cependant, dans nos exemples, seuls les participes passés, qui ont la propriété d’être verbaux ou adjectivaux, peuvent avoir les deux valeurs à la fois. Sans compléments temporels, ils ont, dans l’interprétation temporelle, plutôt une lecture télique (action) et dans l’interprétation causale, une lecture télique ou atélique (état) (23). Si la construction détachée est accompagnée d’un complément temporel, le participe est, dans nos exemples, télique (24) :

 

23. Titre : Le mécontentement populaire monte à Alger

Au début du 2ème paragraphe : Les habitants ont fermé le périmètre sinistré à l’aide d’une

corde. Livrés à eux-mêmes, ils ont engagé des travaux de déblaiement avec des moyens

dérisoires. [...] (Le Figaro 14.11.01 / 6).

> Après avoir été livrés (action) / Comme ils étaient livrés (état) / avaient été livrés (action).

 

24. Titre : Deuil de façades

Brest, rasé pendant la guerre, ne peut évidemment s’enorgueillir de la patine et du charme de ses vieilles pierres (Libération 17-18.11.01 / VII).

 

Nous n’avons trouvé aucun exemple où il s’agit à la fois d’une relation de cause et d’une relation temporelle de simultanéité.

 

 

c. Valeur conditionnelle (si)

 

Dans ce groupe, on trouve des constructions détachées exprimant une pure condition (c.1), et des constructions qui peuvent être paraphrasées par une subordonnée introduite par si, mais qui n’expriment pas une vraie condition ; celles-ci seraient plutôt paraphrasées par dans le cas où ou quand (c.2).

 

c.1. Valeur purement conditionnelle (si)

 

Dans les quelques exemples trouvés, la construction détachée exprimant une condition est constituée d’un participe et le verbe de la principale est le plus souvent au conditionnel (ex. 25). Cependant, on peut y trouver aussi un verbe modal (ex. 26) :

 

25. Titre : La nouvelle génération

Au milieu du 1er paragraphe : Trop jeunes et trop vieux à la fois : tout le malheur des “

post gauchistes “ des années 70 serait affaire de chronologie. Nés quelques années plus tôt, ils

auraient “ fait “ mai 68, puis, nimbés de cette grâce, leur chemin dans la société (Le Monde

3.6.00 / 9).

 

26. Titre : Bush bataille sur tous les fronts

Au milieu du 3ème paragraphe : Le verbe, l’image, la puissance de conviction, sont des

paramètres capitaux dans cette guerre. L’objectif est de supprimer un ennemi sans s’en créer

d’autres. Mal expliquée, cette guerre peut faire de Ben Laden un héros dans le monde musulman,

susciter l’émergence d’autres combattants islamistes, provoquer de grandes manifestations

hostiles à Washington dans des pays musulmans et destabiliser leurs régimes pro-occidentaux

(Libération 9.11.01 / 4).

 

Notons toutefois qu’un conditionnel dans la principale ne donne pas automatiquement une interprétation conditionnelle au participe, mais que celle-ci dépend aussi de facteurs sémantiques et contextuels. Dans l’exemple suivant, il s’agit plutôt d’une interprétation causale, car le contexte antérieur nous laisse comprendre que les responsables avaient été arrêtés pour avoir été irresponsables :

 

27. Largement informés, les responsables du Club Méditerrannée auraient dû prendre la

décision de transporter les clients directement depuis Paris au Cape Skirring par gros-porteur sur

une piste aménagée ou [...] (Le Monde 27.5.00/12)

 

 

c.2. Constructions paraphrasables par si ou quand

 

Dans quelques exemples, le participe, paraphrasable par si ou par quand, n’a rien de vraiment conditionnel, mais il correspond surtout à dans les cas où. Notons qu’il s’agit de participes courants qui font penser à des expressions toutes faites (ex. 29 : Prises dans leur ensemble). Le verbe de la principale est toujours à l’indicatif :

 

28. Titre : Sur le pont de son bateau, Active Wear, amarré au port de La Rochelle, Marc Thiercelin compte les jours

Au milieu du 1er paragraphe : [...] Parrainé depuis 1997 par la Redoute, [...], il vogue

désormais sous le nom et les couleurs de la ligne de vêtements sportswear pour hommes,

femmes et enfants proposée sur 40 pages au catalogue. Multipliées par le nombre de

publications et de pays, cela fait environ 528 millions de feuillets où apparaît un rappel de

l’engagement de La Redoute auprès de son skipper ! (Le Figaro 15.5.00/21)

 

29. Titre : Comment se répartissent les travaux ménagers

Au début du 4ème paragraphe : Prises dans leur ensemble, les tâches domestiques restent

le domaine réservé des femmes. (Le Monde 27.5.00/1)

 

 

d. Valeur concessive (bien que)

 

Dans ce groupe aussi, nous trouvons deux types de constructions : les constructions purement concessives (d.1) et les constuctions concessives ayant, en plus, une valeur temporelle d’antériorité (d.2.).

 

d.1. Valeur concessive sans nuance temporelle (bien que)

 

Dans un grand nombre d’exemples ayant une valeur concessive, on trouve un adverbe (p.ex. cependant, toutefois) qui rend la concession explicite (ex. 30) ; l’interprétation concessive peut aussi être favorisée par un antonyme (ex. 31 : simple / complexe ), tandis que dans certains exemples, elle dépend en partie, ou entièrement, de facteurs implicites et subjectifs, comme c’était le cas pour les constructions détachées à interprétation causale (ex. 32 : l’opposition entre l’idée d’être maintenant alliés / peut-être ne pas définir d’une même voix l’après-talibans). Dans deux exemples, la construction détachée est postposée au sujet (ex. 31) :

 

30. Titre : le FC Nantais-Atlantique

Au début du 2ème paragraphe : Fier de posséder un vivier talentueux, le FC Nantais-

Atlantique va toutefois devoir témoigner d’ambitions beaucoup plus grandes. [...] (Le Figaro

15.5.00 / 30).

 

31. Titre : Les noces brillantes de l’opéra et du cinéma. Tosca. Benoît Jacquot magnifie

l’œuvre de Puccini

Au début du dernier paragraphe : La recette, simple dans son principe, exigeait

complexité et subtilité. [...]  (Le Monde 14.11.01 / 21)

 

32. Titre : Poutine et Bush déterminés à enterrer la guerre froide

Au début du 4ème paragraphe : Alliés comme jamais pour combattre le terrorisme,

d’accord pour évoquer à l’unisson les nouvelles “ méthodes “, les deux chefs d’État vont-ils

définir d’une même voix l’après-talibans ? (Le Figaro 14.11.01 / 5).

 

Toutes les constructions détachées expriment dans ce cas-ci un état.

 

 

d.2. Valeur concessive avec nuance temporelle (bien que ou après avoir)

 

Comme dans le cas des constructions causales pouvant avoir aussi une nuance temporelle, nous ne trouvons que des constructions concessives participiales qui sont à la fois temporelles. L’interprétation temporelle peut être due à des expressions de temps ou de succession (ex. 33 : finir par), ou bien à des verbes téliques marquant une succession (ex. 34 : D. est battu > D. domine X > X ravit la couronne à Y). Quant à l’idée de concession, dans l’exemple 33, elle peut être expliquée par l’opposition entre l’annexion est refusée / l’annexion s’impose et dans l’exemple 34, par celle entre être battu / ravir la couronne :

 

33. Titre : Un destin entre France et Allemagne

Au milieu du 1er paragraphe : L’annexion allemande de 1871 introduit une rupture

brutale dans cette histoire. Refusée par la majorité de la population, elle finit par s’imposer

grâce à sa durée et à la prospérité de la fin du 19e, ne suscitant plus qu’une revendication

d’autonomie. (Guide Vert Alsace / Lorraine 2000 / 79).

 

34. Titre : Dauthuille au corps-à-corps

Au début du 2ème paragraphe : En 1949, à 25 ans, Dauthuille tente sa chance en

Amérique. Battu par Kid Gavilan, il domine Jake LaMotta, qui, le 16 juin, ravit la

couronne à Cerdan. [...] (Le Figaroscope, 14-20.1 2001 / 19).

 

 

e. Valeur d’opposition (en tant que X, quant à sa carrière comme X)

 

Les constructions détachées à valeur d’opposition servent à opposer différentes facettes de la carrière de quelqu’un (p. ex. dans des notices nécrologiques), et, pour que cette idée d’opposition puisse naître, le texte doit contenir au moins deux constructions détachées apparaissant dans des phrases ayant une structure identique. Dans les quelques exemples trouvés, il s’agit de constructions détachées nominales :

 

35. Chapeau : Trait pour trait : Stéphane Denis a reçu hier le prix Interallié

Titre : Le masque et la plume

Journaliste, il a écrit dans Le Quotidien de Paris, L’Événement du jeudi, Vanity Fair et

Paris-Match. Editorialiste au Figaro depuis l’année dernière, il signe chaque mardi une des

chroniques les plus grinçantes, narquoises et érudites du moment. [...]

(Le Figaro 14.11.01 / 32).

 

 

f. Valeur d’opposition (qu’il s’agisse de X ou d’Y / qu’il s’agisse d’être X ou Y)

 

Dans les rares exemples où l’on peut décéler une valeur comparative opposant deux ou plusieurs élements, apparaît soit une liste de mots qui désignent des sous-catégories d’une même catégorie (ex. 37 : catégorie : l’opposition), soit l’expression X ou non (ex. 38) :

 

36. Titre : Schröder obtient à l’arraché la confiance des députés. L’engagement de l’armée en

Afghanistan voté de justesse

Au début du 3ème paragraphe : Schröder sort vainqueur, mais pas grandi de l’épreuve de

force. Durant le débat, tous les leaders de l’opposition, chrétiens-démocrates, libéraux et

même néo-communistes de l’ex-RDA, se sont fait un plaisir de marteler que sa majorité ne

tient que “ sous la menace du gourdin ” [...] (Libération 17-18.11.01 / 12).

 

37. Chapeau : États-Unis : Après l’écrasement de l’avion d’American Airlines, la ville a vite

repris son rythme normal

Titre : New York s’endurcit face à la peur

Au début du 7ème paragraphe : Endurcie ou non, la communauté environnante se serait

passée d’une nouvelle épreuve au moment où se succèdent les messes à la mémoire des

victimes locales du World Trade Center : [...] (Le Figaro 14.1.01 / 6).

 

 

g. Valeur d’ajout (en plus d’être)

 

Jusqu’à présent, nous n’avons trouvé qu’un seul participe qui n’est classable dans aucun des groupes donnés ci-dessus. Dans cette phrase, c’est l’adverbe aussi qui empêche d’interpréter le participe comme un participe purement temporel et qui appelle la paraphrase en plus d’être appauvrie :

 

38. Titre : La Russie aujourd’hui

Au milieu du 2ème paragraphe : [...] Pourtant, les effets des erreurs de la période 1992-

1998 sont loin d’être effacés. Appauvrie par des politiques inadaptées, la Russie a aussi connu

une crise politique quasi permanente de 1993 à 2000. (Le Monde 29.6.01/13)

 

h. Conclusion

 

En étudiant les valeurs circonstancielles attribuables aux constructions détachées dont le noyau est un nom, un adjectif ou un participe passé, nous avons pu en distinguer sept, même si les valeurs temporelle et causale sont les plus courantes. Notons encore que nous n’avons pas pris en considération les interprétations descriptives qui seraient souvent plus naturelles et plus neutres que les interprétations circonstancielles données.

            Comme plusieurs linguistes l’ont déjà mentionné, ce sont surtout les constructions détachées initiales qui peuvent avoir ces différentes valeurs circonstancielles, mais il est également possible d’attribuer à certaines constructions détachées non-initiales une valeur circonstancielle, même causale (sens de car) ou concessive. Dans ces cas, il s’agit, dans nos exemples, toujours de constructions participiales qui peuvent aussi avoir une interprétation purement descriptive.

            Le nom et l’adjectif détachés marquent toujours un état. Comme le participe passé, qui est à la fois verbal et adjectival, peut aussi décrire un procès, il est évident qu’il s’emploie le plus et qu’il peut avoir le plus grand nombre de valeurs différentes. Pour qu’on puisse par exemple voir une relation de succession entre la construction détachée et la proposition principale, il suffit que le participe détaché et le verbe de la principale soient téliques, tandis que le nom et l’adjectif doivent être accompagnés d’un complément temporel. Pour cette raison, il est logique qu’on ne trouve ni les noms ni les adjectifs détachés dans les constructions à double interprétation où l’on peut voir soit une cause, une concession ou une condition, soit une expression d’antériorité ; dans ces cas-là, une expression temporelle explicite pourrait empêcher la deuxième interprétation.

 

Même si nous avons essayé de trouver des critères objectifs pour faciliter la tâche d’un étranger essayant de traduire ces constructions, il est évident qu’une grande partie des critères d’interprétation restent toujours subjectifs. En fait, les facteurs objectifs qui sélectionnent une interprétation particulière ne permettent de résoudre qu’un nombre limité de cas ; sur la base de nos observations, les plus clairs sont les suivants :

 

– les marques de temps, de concession (cependant, toutefois) ou d’opposition (X ou non) ;

 

– le mode d’action des participes (et des verbes de la principale) :

            – participe et verbe de la principale téliques : succession

            – participe et verbe de la principale atéliques : simultanéité

            – participes à double lecture : choix entre cause / temps, concession / temps,

            condition / temps ;

 

– le mode du verbe de la principale : si le verbe est au conditionnel, la construction détachée exprime (généralement) une condition.

 

Malgré ces quelques points d’appui et les analyses données au cours de ce travail, l’interprétation des constructions détachées n’est pas évidente, parce qu’elle demande non seulement des compétences linguistiques, mais aussi des compétences extralinguistiques. Ces constructions ressemblent un peu aux œuvres d’art : on peut soit les appréhender sans comprendre exactement ce que l’artiste a voulu dire, soit les paraphraser sans savoir vraiment si l’artiste aurait été du même avis.

 

 

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© Eva Havu. Cercle de Linguistique Appliquée à la Communication/ Círculo de Lingüística Aplicada a la Comunicación 10, Mai 2002. ISSN 1576-4737.

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