L’évolution de comme et comment :

le témoignage des grammairiens et des dictionnaires de l’époque[1]

clac 22/ 2005

Valerie Wielemans

Université de Bruxelles et Université de Gand

Valerie. Wielemans a UGent. be

Abstract

 

The evolution of comme and comment: the statement of the historical grammars and dictionaries

Starting from information delivered by grammarians and recent and contemporary dictionaries, our contribution aims for a double objective:

a. More particularly we analyze the history of comme to be able to determine better the actual problems concerning the classification of the uses of the proform;

b. We compare the evolution of comme and comment.

In order to attain both objectives, we first present a classification of the uses of comme and comment, after which the analysis of the evolution of above mentioned uses takes place, starting from ancient French until the 18th century (when the situation finally stabilized). Afterwards, we focus more particularly on the violent conflict that opposed comme to his most intensive competitor, comment.

In the last section, we study in detail the impact of the grammaticalization process on our proform, in order to give an explanation for the very turbulent history of comme described in the course of this contribution.

 

Key words

 

French comme, French comment, grammaticalization, proform

 

Résumé

A partir d’informations que nous fournissent les grammaires et dictionnaires récents et contemporains, notre contribution a un double objectif : a. Nous analysons plus particulièrement l’histoire de comme afin de mieux comprendre les problèmes actuels concernant la classification des emplois du marqueur ; b. Nous comparons l’évolution de comme à celle de comment. Pour ce faire, nous présentons d’abord une classification des tours de comme et de comment, dont nous analysons ensuite l’évolution à partir de l’ancien français jusqu’au 18e siècle (lorsque la situation s’est enfin stabilisée). Ensuite, nous nous concentrons plus particulièrement sur la vive bataille qui a opposé comme à son plus vif concurrent, comment. Dans une dernière partie, nous étudions en détail l’impact du processus de grammaticalisation sur notre marqueur, afin de fournir une explication à l’histoire particulièrement mouvementée de comme qui est tracée tout au long de cette contribution.

MOTS CLéS

français comme, français comment, grammaticalisation, marqueur

 

 

INTRODUCTION

Un simple coup d’œil sur comme dans les grammaires modernes nous confronte d’emblée à sa difficulté d’appréhension. D’une part, comme est associé à tout un éventail de valeurs sémantiques : intensité, degré, manière, temps, cause,… D’autre part, le classement des emplois syntaxiques de comme nous semble également particulièrement flou. Comme est souvent traité comme adverbe (BU, Wilmet, Riegel, LB) ou comme conjonction de subordination (ibidem). Or, il peut aussi être répertorié dans la catégorie des prépositions (Wilmet) lorsqu’il est introducteur d’attribut de l’objet ou d’apposition détachée (BU).

Cette situation particulièrement difficile de comme se révèle déjà clairement sur le plan diachronique : « Il y a très peu de termes grammaticaux dont les possibilités d’emplois aient autant changé que celles de comme au cours de l’histoire de la langue » (Damourette & Pichon, 1911-1940, VII, §3120 :376) Le fonctionnement extrêmement complexe de ce marqueur ne peut donc être pleinement décrypté qu’en observant son évolution historique, ainsi que le développement des formes concurrentes, comment, combien et que[2].

 

A partir d’informations que nous fournissent les grammaires et dictionnaires récents et contemporains, notre contribution aura un double objectif :

a. Nous analyserons plus particulièrement l’histoire de comme afin de mieux comprendre les problèmes actuels concernant la classification des emplois du marqueur ;

b. Nous comparerons l’évolution de comme à celle de comment.

Pour ce faire, nous présenterons d’abord une classification des tours de comme et de comment, dont nous analyserons ensuite l’évolution à partir de l’ancien français jusqu’au 18e siècle (lorsque la situation s’est enfin stabilisée). Ensuite, nous nous concentrerons plus particulièrement sur la vive bataille qui a opposé comme à son plus vif concurrent, comment. 

Dans une dernière partie, nous étudierons en détail l’impact du processus de grammaticalisation sur notre marqueur, afin de fournir une explication à l’histoire particulièrement mouvementée de comme qui sera tracée tout au long de cette contribution.

 

I. EMPLOIS DE COMME ET DE COMMENT

 

1.1. Classification des tours

En suivant les analyses de Pierrard et Léard (2002) sur le français contemporain, nous distinguons six zones fonctionnelles pour comme et 4 zones pour comment :

¨ Comme 1 : fonctionne dans des phrases interrogatives et exclamatives directes et indirectes ;

                                (1) Culverz, cum fus si os que me saisis ? (T&L, AF)

                                (2) Comme il est beau !

¨ Comme 2 : introduit une subordonnée temporelle, causale, concessive, consécutive…

                                (3) Comme elle ne voyait rien venir, Anne est allée se coucher. (causal)

¨ Comme 3 : emploi comparatif (4) de comme remontant à sa valeur de base, à sa voir la manière indéfinie (Le Goffic, 1991 : 21). Elle comprend la valeur exemplative comme dans (5).

                                (4) Il vous a traité comme il aurait traité son fils.

(5) Histoire de rafraîchir ses ardeurs, la carte propose quelques cocktails peu originaux mais        bien amenés, comme des daiquiri ou des cosmopolitan. (Zone 02, 8 octobre 2003, 23pp.)

¨ Comme 4 : le comparatif d’égalité se retrouvant surtout dans des locutions conjonctives, telles que aussi comme, tant comme

                                (6) Mieux sont vestues les mechines ou aussi bien come roïnes. (Eracle, ancien français)

¨ Comme 5 : nous distinguons trois emplois plus pragmatiques de comme, tels: la valeur qualifiante (7), méta-énonciative (8) et adverbiale (9).

                                (7) Tout ce que j’endure comme mère

                                (8) Comme vous le savez, la guerre vient d’éclater.

                                (9) Il était comme mort.

¨ Comme 6 : comme dans la locution conjonctive comme que qui possédait une valeur concessive.

                        (10) Come loinz que la rivière soit… (Roman de Thèbes, AF)

 

¨ Comment 1 : apparaît dans des phrases interrogatives et exclamatives directes et indirectes ;

                                (11) Comment s’écrit ce nom ?

                                (12) Comment vous criez ! (La farce de Maître Pathelin)

¨ Comment 2 : peut prendre une valeur analogique (13), qualifiante (14), adverbiale (15) ;

(13) Or par cela, il fut si glorieux, qu’il estimoit de jouer en tous lieux ainsi comment la sienne maison. (Haudent, Apologues d’Esope, 16e siècle)

                                (14) Il m’a chargé comment executeur de vous bailler dix escuz que j’apporta.

                                (Rabelais, 16e siècle)

                                (15) A la fenestre est apoie, ensement comment esmarrie. (Roman de Perceval, AF)

¨ Comment 3 : sert à exprimer la conséquence, la finalité, le temps et la cause (16).

(16) Comment un chien traversoit un ruisseau tenant alors en da gueule un morceau de chair robbée, il peust apercevoir son umbre en l’eau. (Haudent, Apologues d’Esope)

¨Comment 4 : comment dans la locution conjonctive, comment que, avec une valeur concessive.

                                (17) Et comment qu’ils fussent au commencement dessus, ils furent disconfit en la fin.

                                (La Mort du Roi Arthur, AF)

 

 

 

1.2. Evolution des types  

 

1.2.1. Evolution de comme

                                        

Dans un premier temps, nous élaborerons un tableau global de l’évolution des types sur l’ensemble des périodes, c’est-à-dire à partir de l’ancien français jusqu’au 18e siècle. Ensuite, nous nous concentrerons plus particulièrement sur les glissements au sein des types en procédant par une analyse par tour.

 

1.2.2.1. Tableau général

 

          période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

Comme 1

(V)

V

V

V

V

Comme 2

(V)

V

V

V

V

Comme 3

(V)

V

V

V

V

Comme 4

(V)

V

V

(0)

0

Comme 5

__

(V)

V

V

V

Comme 6

(V)

V

V

0

0

 

Légende : (V) : les premières attestations de l’emploi

                 V : l’emploi existe

                 _ : l’emploi n’existe pas encore

(0)     : l’emploi est en voie de disparition

    0 : l’emploi a disparu ou n’apparaît pas

 

Comme le tableau nous l’indique, comme 1, comme 2 et comme 3 existent depuis le début et se maintiennent jusqu’à l’heure actuelle. Comme 5 est aussi encore en usage actuellement, mais il ne fait son apparition qu’en MF. Les emplois 3 et 6, par contre, ont fini par disparaître de la scène. Ce tableau ne se veut évidemment qu’une vue générale de l’évolution. Quelques explications complémentaires s’imposent…

 

1.2.2.2. Analyse par tour

 

a) comme 1

 

En AF, comme semble s’utiliser dans l’interrogation directe (18) et indirecte (19) et dans l’exclamation (20). Comme aurait même une valeur quantitative et pourrait donc prendre le sens de combien (21).

(18) Culverz, cum fus unkes si osque me saisis ? (T&L, Chanson de Roland, v. 2292)

(Canaille, comment as-tu osé te saisir de moi ?)           

(19) Mais ço ne sai com longes i converset. (T&L, La Vie de Saint Alexis, v. 69)

(Mais je ne sais pas s’il pouvait rester là longtemps)

(20) Co dist li pedre : chierz filz, com t’ai perdut ! (T&L, La Vie de Saint Alexis, v. 106)

(Donc le père disait : cher fils, comme je vous ai perdu !)                                                                          

(21) Com il i a de saintes ames ! (T&L, La Vie saint Franchois)

(Combien y a-t-il de saintes âmes !)

Certains auteurs suggèrent une concurrence de comment à certains niveaux :

-          Selon Moignet il y aurait une concurrence entre comme et comment dans les deux domaines, c’est-à-dire dans l’interrogation et l’exclamation.

-          Buridant et Tobler&Lommatzsch ne signalent de concurrence que sur le plan de l’interrogation. L’exclamation serait attribuée à comme uniquement.

-          Le dictionnaire de Larousse, quant à lui, se veut encore plus restrictif : il ne note de concurrence qu’au niveau de l’interrogation indirecte.

Par conséquent, les trois sous-emplois mentionnés dans le tableau seraient bien présents en AF. Mais les grammairiens ne font pas l’unanimité quant à la concurrence de comment dans ces domaines.

 

En MF, la situation ne change pas beaucoup. En dehors du dictionnaire de Larousse, tous les ouvrages consultés mentionnent l’emploi interrogatif et exclamatif de comme. Il n’y a toutefois plus de trace du comme quantifieur. Nous voyons que combien se manifeste de plus en plus en MF, ce qui pourrait expliquer la cause de la disparition de l’emploi quantifiant de comme. Mais soyons toutefois prudents à ce sujet…

En ce qui concerne la concurrence avec comment, nous constatons à nouveau certains désaccords entre les grammairiens :

-          Martin&Wilmet mentionnent une concurrence dans l’interrogation et l’exclamation (sans faire de distinction entre l’interrogation directe et indirecte).

-          Le dictionnaire de Larousse et Marchello-Nizia se limitent à l’interrogation. Marchello-Nizia va même plus loin : Selon elle, comment n’interviendrait qu’au niveau de l’interrogation directe.

 

Au 16e siècle, Gougenheim et Huguet suggèrent que comme ne concerne plus l’exclamation. De plus, il serait concurrencé par comment, aussi bien dans l’interrogation directe, que dans l’interrogation indirecte. Comme nous l’avons déjà stipulé ci-dessus, il nous semble plus juste d’expliquer la disparition du comme exclamatif par une lacune au niveau des sources.

 

Au 17e siècle, nous voyons que la situation commence à se débloquer. Comme aurait définitivement gagné la bataille pour ce qui est de l’exclamation. Mais il disparaîtrait peu à peu de l’interrogation directe et ensuite de l’interrogation indirecte. L’attribution des emplois telle qu’elle est établie actuellement commence donc à se dessiner en français classique.

Nous constatons toutefois encore quelques divergences d’opinion parmi les grammairiens.

-          La grande majorité des grammairiens consultés rejettent comme dans l’interrogation directe et indirecte. Cependant, selon les uns, l’usage de comme dans l’interrogation indirecte persisterait jusqu’au 18e siècle, alors que d’autres signalent sa disparition déjà au 17e siècle.

-          Oudin et Furetière se veulent plus radicaux : selon eux, comment se chargerait définitivement de l’interrogation au 17e siècle. Furetière lui attribue même l’exclamation !

-          Fournier, quant à lui,  pose que la situation n’a pas encore changé au 17e siècle : les deux marqueurs se concurrenceraient encore sur le plan de l’interrogation directe et indirecte.

 

Néanmoins, de manière générale comme semble disparaître peu à peu de l’interrogation directe, afin de se concentrer sur l’exclamation. Sa place au niveau de l’interrogation indirecte semble encore incertaine…

 

Le Siècle des Lumières dissipe nos derniers doutes : les grammairiens  ne mentionnent plus de    comme 1. Comment se chargerait à lui seul de l’interrogation directe et indirecte. L’exclamation n’est plus signalée. Mais tenant compte de la valeur exclamative de comme à l’heure actuelle, il nous semble correct de penser que comme fonctionnait comme adverbe exclamatif au 18e siècle.

 

Conclusion

 

             Période

Emploi

AF 

MF

16e

17e

18e

Interr. Dir.

(V’)

V’

V’

(0)

0

Interr. Indir.

(V’)

V’

V’

(0)

0

Exclamation

(V’)

V’

0

V’

V

 

Légende : idem

                 V’ : emploi concurrencé par comment, selon certains auteurs

 

* L’interrogation directe apparaîtrait pour la première fois en AF, concurrencée ou non par comment. Elle se maintiendrait jusqu’en français préclassique et commencerait à succomber à comment au 17e siècle. Les grammairiens du 18e siècle confirment cette disparition.

* L’interrogation indirecte connaît plus ou moins la même évolution. Elle semble également perdre la bataille face à comment au 17e siècle, ce que les auteurs de 18e siècle nous confirment à nouveau.

* L’emploi exclamatif semble mieux se maintenir que les deux premiers. Nous en retrouvons les premières attestations en AF. Il se veut un emploi à part entière de comme jusqu’en MF (concurrencé ou non par comment). Au 16e siècle, les deux auteurs consultés ne nous en donnent aucune trace. Mais vu que l’exclamation a persisté jusqu’ à aujourd’hui, cela nous semble plutôt être dû à une lacune au niveau des sources, qu’à une probable disparition.

 

b) comme 2

Le comme 2 fait déjà son apparition en AF. A cette époque, il semble pouvoir servir de conjonction temporelle (22), causale (23) et concessive (24).

 

(22)  Cum il aproisment an la citet amunt,

Vers le paleis oïrent grant fremur. (Moignet, Chanson de Roland, v.2692)

(Lorsqu’ils approchèrent de la cité en haut, ils entendirent un grand vacarme du côté du palais.)

(23)   Com il oïrent que li marchis venoit, si alerent encontre lui, si l’onorerent mult.

(Moignet, Villehardouin, La Conquête de Constantinople)

(Lorsqu’ils entendirent que le marquis arrivait, ils allèrent à sa rencontre; et lui firent beaucoup

d’honneurs.)

 (24)  Si seroit ce moult grant domage, se si loial serjant perdoie, come secorre le puisse et doie.

                (T&L, Le Roman de la Rose)

(Et ce serait un fort grand préjudice si je devais perdre un si loyal serviteur, étant donné que j'ai en mon pouvoir et pour devoir de le secourir)

 

En MF, la conjonction comme continue à exprimer le temps et la cause, mais plus aucun grammairien consulté ne mentionne la concession. Nous supposons que comme que aura remplacé comme pour exprimer la concession (cfr. infra).

 

Au 16e siècle, la situation reste identique : comme peut exprimer le temps et la cause. Huguet observe toutefois que comment pourrait également faire office de conjonction causale.

En français classique, toute trace de concurrence disparaît, mais nous remarquons l’apparition d’une nouvelle valeur de comme 2. En effet, d’après Dubois et alii comme pourrait prendre le sens de selon que (25).

 (25)  Viens quérir mon portrait avec des confitures :

 Comme pourra Dorante en user bien ou mal, nous résoudrant après touchant l’original.

               (Corneille P., La suite du Menteur, 1645, v.589)

Comme c’était le cas pour comme 1, la situation se stabilise au 18e siècle. La conjonction comme peut être utilisée pour l’expression du temps et de la cause, de même qu’en français moderne.

 

Conclusion

          période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

Temps

(V)

V

V

V

V

Cause

(V)

V

V’

V

V

Concession

(V)

0

0

0

0

« Selon que »

__

__

__

(V)

0

 

Légende : idem

 

Nous constatons de nombreuses fluctuations dans l’étendue des valeurs de comme 2 : beaucoup de valeurs apparaissent à un moment de l’histoire, or seulement deux d’entre elles subsistent jusqu’à l’heure actuelle.

 

c) comme 3

 

Le comme d’analogie (26-27) fait son entrée en scène dès l’AF et subsiste encore à l’heure actuelle.

(26) Lessez gesir les morz tut issi com il sunt. (Chanson de Roland, v. 2435)

(Moignet, Laissez les morts étendus comme ils sont)

(27) Li amirail ad sa barbe fors mise altresi blanche cume flur en espine.                                                                            (Buridant, Chanson de Roland, v. 1080)

                      (L’émir a étalé sa barbe aussi blanche que fleur d’aubépine).

 

En MF, la valeur exemplative de comme apparaît pour la première fois. A cette époque, Martin&Wilmet notent une certaine concurrence de comment pour exprimer l’analogie (cfr. supra). Mais considérons cela avec précaution : Martin&Wilmet sont les seuls grammairiens à voir apparaître comment dans ce domaine. S’il y avait réellement eu concurrence de comment, il a dû rapidement laisser le champ libre au comme 3.

 

Au 16e siècle, la valeur exemplative n’apparaît plus (ce qui est probablement dû à une lacune dans nos sources !). Néanmoins, une nouvelle sous-valeur est mentionnée, c’est-à-dire que comme fonctionnerait également comme pronom relatif avec des termes tels que moyen et manière pour antécédent.

(28) Ils accorderent ensemble le moyen comme ilz pourroient veoir hors de la verre des autres.

(Gougenheim, Marguerite de Navarre, Héptaméron)

Il nous semble que ce tour trouve son origine dans l’identité de manière. Rappelons que l’identité de manière a donné lieu à l’analogie, qui est surtout exprimée par la locution ainsi comme. Comme nous pouvons paraphraser la phrase « Je l’ai fait ainsi » par « Je l’ai fait de cette manière », nous pensons que manière et moyen seraient des lexicalisations de ainsi. Cela nous semble être une raison valable pour classer ce tour parmi les valeurs de comme 3. Notons toutefois que cet emploi disparaît dès le 17e siècle.

 

Au 17e siècle, le comme 3 reste présent dans la majorité des ouvrages. Par ailleurs, la valeur exemplative (29) fait à nouveau son apparition, ce qui laisse supposer qu’il s’agissait bien d’une lacune au 16e siècle.

(29) Ceux qui parlent bien disent toujours vers, et non pas devers, comme se tournant vers luy. (Corneille)

Soulignons aussi que comme subit une pression de plus en plus forte de la part de que pour former des locutions conjonctives. Mais cela ne conduit pas à la disparition du comme d’analogie pour autant.

 

Enfin, au 18e siècle, le comme 3 atteint son apogée ! Beauzée, par exemple, essaie de démontrer que comme est remplaçable par de la même manière en toute circonstance. Pour lui, comme renvoie toujours à la manière et les autres valeurs seraient simplement dérivées de cette valeur fondamentale. Si les autres grammairiens ne vont pas si loin que Beauzée, ils accordent tout de même tous une certaine importance à la valeur analogique. Dans plusieurs ouvrages, nous retrouvons même la valeur exemplative de comme, qui subsiste jusqu’à aujourd’hui.

Cependant, même si le comme 3 semble avoir un avenir prometteur, la locution ainsi comme est définitivement remplacée par ainsi que à partir du 18e siècle.

 

Conclusion

 

          Période

Emploi

AF

MF

16e

17e

18e

Analogie

(V)

V’

V’

V

V

Exemplatif

__

(V)

0

V

V

Relatif

__

__

(V)

0

0

 

Légende : idem

                V’ : possible concurrence de comme

 

Nous voyons que le comme 3 est resté une constante tout au long de l’histoire de comme. Pour ce qui est des sous-emplois, surtout la valeur exemplative s’est affirmée au cours de l’histoire. Notons aussi que Martin&Wilmet mentionnent une certaine concurrence de comment dans l’analogie en MF, mais comme aurait vite pris le dessus selon notre analyse.

 

 

d) comme 4

 

Nous avons découvert les premières attestations du comme d’égalité dès l’ancien français, mais sa situation n’est pas encore très stable : seul le dictionnaire de Tobler&Lommatzsch le mentionne (30). Outre ce dictionnaire, nous retrouvons le comme 4 dans la locution tant comme dans les ouvrages de Buridant et de Godefroy.

(29) Il la receut (l’almosne) come il altre ferdre. (T&L, La Vie de saint Alexis, v.119)

       (Il la reçut (l’aumône) tout comme les autres frères.)

 

La situation reste à peu près identique en MF : Martin & Wilmet n’en parlent pas, Marchello-Nizia ne fait pas de distinction entre l’égalité[3]

et la conformité[4]

et le Larousse ne le mentionne que dans le cadre des locutions conjonctives (aussi comme, tant comme).

 

Au 16e siècle nous pouvons déjà nous interroger sur l’avenir du comme d’égalité : il n’apparaît plus que dans le cadre des locutions conjonctives.

Gougenheim met l’accent sur la concurrence de plus en plus persistante entre comme et que. En effet, après un comparatif d’égalité, nous pouvons déjà retrouver la construction avec que, mais comme est encore utilisé le plus fréquemment au 16e siècle. C’est-à-dire que le français préclassique fait toujours une distinction entre le comparatif d' inégalité et le comparatif d’égalité. Le comparatif d’inégalité est suivi de que ou de de, tandis que dans le second cas comme prédomine.

(31) Ilz ne faisoient que cracher aussi blanc comme cotton de Malthe.                            (Gougenheim, Rabelais)

Cette concurrence de que pour former des locutions conjonctives exprimant l’égalité sera mis en lumière dans notre dernière partie[5].

 

Contrairement à Gougenheim, le dictionnaire de Huguet reste silencieux au sujet d’une éventuelle concurrence avec que et explique que comme peut encore apparaître derrière un mot qui exprime une comparaison au 16e siècle.

 

Au 17e siècle, nous assistons à une véritable polémique au sujet de la capacité de comme à former des locutions conjonctives!

- Selon Spillebout et Oudin, la défaite de comme face à que est indéniable. Spillebout affirme que les conjonctions tant comme, si comme, autant comme et aussi comme seraient devenues archaïques au 17e siècle. Oudin ne mentionne que aussi que et tant que et rejette comme dans les deux cas. Lisez plutôt : « Aussi ne reçoit point la particule comme et c’est mal de dire « aussi riche comme vous », mais dites plutôt « aussi riche que vous » » (Oudin, 1972 :295)

- Haase et Dubois, quant à eux, affirment que comme serait encore utilisé avec le sens actuel de que dans de nombreuses locutions au 17e siècle ;

                             (34)  Autant comme la sœur ; le frère le souhaite. (Corneille, le Menteur)

- Fournier, lui, se veut plus modéré : comme disparaîtrait progressivement au 17e siècle ;

- Vaugelas partage plutôt l’opinion de Oudin et de Spillebout : il rejette catégoriquement la locution autant comme et préfère que à comme dans les locutions si que et aussi que.

 (35a)  * Ne me demandez vous pas autant d’amitié comme eux.

                                         (35b)  Ne me demandez vous pas autant d’amitié qu’eux.

                                                                                                

Le Siècle des Lumières réussit à nouveau à éclaircir la situation plutôt obscure du 17e siècle. En effet, au 18e siècle, comme a perdu toute capacité de construire des locutions conjonctives : que a définitivement gagné la bataille. L’abbé Girard nous en donne quelques exemples significatifs :

                        (36a)  Je vous aime aussi parfaitement qu’on le peut.

                         (36b)  Elle aime si videmment qu’elle en perd la raison.

Cela mène à la disparition du comme d’égalité.

 

Conclusion

            période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

 

Egalité

 

 

(V)

 

 

V

 

V’

 

(0)

 

0

 

Légende : idem

 

Le comme d’égalité apparaît déjà ça et là en AF en connaître une vive concurrence de que au cours de l’histoire. Il prend définitivement le dessus dans les conjonctions exprimant l’égalité entre le 17e et le 18e siècle.

 

e) comme 5

 

- La valeur adverbiale fait son entrée en MF dans le dictionnaire de Larousse (37) et est encore sur le devant de la scène au 17e siècle. C’est en tous les cas ce que relèvent Furetière (38) et l’Académie (39). Or, le comme adverbial n’est mentionné dans aucun des ouvrages du 18e siècle, ce qui est étrange vu que certains des ses emplois subsistent clairement jusqu’à aujourd’hui.

(37) Grand nombre de personnes comme de trente mille.

                                               (Larousse, Ph. De Commynes, Mémoires)

(38) Il est comme mort. (Académie)

(39) Je tiens cela comme certain. (Furetière)

 

- Pour ce qui est de la valeur qualifiante, nous en trouvons une première attestation au 16e siècle dans la grammaire de Gougenheim : comme peut en effet y prendre le sens de en tant que, comme nous le constatons dans cet exemple.

(40) Tellement que je suis en ceste maison tenu non comme serviteur, mais comme

enffant.

                                                (Marguerite de Navarre, Héptaméron)

Dès lors, la valeur qualifiante se veut une constante dans les emplois de comme. Nous en trouvons de nombreuses attestations au 17e et 18e siècle et elle subsiste jusqu’à aujourd’hui.

 

- Le comme métadiscursif est mentionné pour la première fois au 16e siècle par Huguet. Ce grammairien explique en effet qu’il existe un comme avec le sens de à ce que, d’après ce que.

                                (41) L’ode peut courir par toutes les manieres de vers librement, voyre en                                                             inventer à plaisir, à l’exemple d’Horace, qui a chanté en XIX sortes de vers,

                                comme disent les grammairiens.(Du Bellay, Deffense de la langue française)

En français moderne, cet emploi discursif de comme a déjà été analysé en détail par Le Goffic, qui explique que ce comme, adverbe d’énonciation, fonctionne comme une sorte de pronom d’annonce et que les verbes de la subordonnée sont des verbes de type métalinguistique ou énonciatif, comme c’est le cas ici (dire). « Les circonstances marquées par comme deviennent ici des conditions d’énonciation (ou de vérité) et comme confère une analogie d’ordre énonciatif, une même légitimité, une commune justification, à P1 et P2. » (Le Goffic, 1991 :29) Nous pouvons donc paraphraser la phrase de la façon suivante : « Au même titre et dans les mêmes conditions de vérité que disent les grammairiens, l’ode peut courir par toutes les manières… ».

Même si le comme métadiscursif se maintient à l’heure actuelle, nous n’en retrouvons plus de traces dans nos sources ultérieures.

 

Conclusion

 

            période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

Adverbial

__

(V)

0

V

0

Qualifiant

__

__

(V’)

V

V

Métadiscursif

__

__

V

0

0

 

Le tableau montre qu’il y eu d’importants glissements parmi les valeurs plus grammaticalisées de comme. En effet, la valeur adverbiale, qui est relativement bien représentée au cours de l’histoire, fait son entrée en MF. La valeur qualifiante, quant à elle, apparaît plus tard, mais les deux valeurs subsistent jusqu’à aujourd’hui. Pour ce qui est du comme métadiscursif, nous en trouvons les premières attestations au 16e siècle. Il n’est plus mentionné par la suite, même s’il est encore en vigueur en français moderne.

 

f) comme 6       

La locution conjonctive comme que apparaît déjà en AF dans la grammaire de Moignet (41) avec une valeur concessive.

(41) […] come loinz que la rivière soit […] (Roman de Thèbes, v. 2141)

(… aussi loin que soit la rivière…)

 

Alors que le dictionnaire du moyen français de Larousse et la grammaire de Gougenheim prolongent la théorie de Moignet quant à la valeur concessive de comme que, Huguet pose que nous assistons à une véritable explosion des valeurs de cette locution conjonctive. Nous en distinguons six : de quelque façon que- attendu que,  dans la pensée qu, comme si, de telle façon que, afin que, quoique. Comme l’indique le tableau ci-dessous, à partir du 17e siècle nous ne retrouvons plus aucune trace de comme que

 

Conclusion

 

             période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

 

Comme que

 

 

(V)

 

V

 

V

 

0

 

0

 

La locution conjonctive comme que apparaît dès l’ AF et semble subsister jusqu’au 16e siècle.

 

1.2.2.3. Bilan

 

COMME 1

- Dès l’AF, comme apparaît dans l’interrogation directe et indirecte et dans l’exclamation. Les grammairiens ne font pas l’unanimité quant à la concurrence entre comme et comment: pour certains elle se limiterait à l’exclamation, alors que d’autres prétendent que le comme interrogatif est concurrencé par comment.

- En MF comme 1 subsiste dans les deux domaines. La concurrence entre comme et comment semble encore instable.

- Au 16e siècle, par contre, la concurrence de comment se manifeste de plus en plus au niveau de l’interrogation directe et indirecte.

- Au 17e la situation s’éclaircit et l’attribution des emplois commence à se mettre en place. C’est-à-dire que comme se dirige essentiellement vers l’exclamation. Dans un premier temps, le marqueur disparaît dans l’interrogation directe, et ensuite dans l’interrogation indirecte au profit de son concurrent, comment.

- Enfin, un siècle plus tard, nous constatons que comme a définitivement perdu les domaines interrogatifs directes et indirectes.

COMME 2

- En AF, le comme 2 apparaît dans un très large domaine, à savoir le temps, la cause et la concession.

- En MF, comme 2 ne possèderait plus que deux valeurs, à savoir l’expression du temps et de la cause. La conjonction comme que serait apparue pour exprimer la concession.

- La situation reste identique au 16e siècle, hormis le fait que Huguet mentionne une certaine concurrence de comment au niveau causal.

- Au 17e siècle, cette concurrence semble disparaître et le comme 2 se voit même attribuer une valeur supplémentaire : il s’utiliserait comme synonyme de selon que.

- Au siècle des Lumières se stabilise à nouveau la situation : comme ne s’emploi plus que comme conjonction temporelle et causale.

COMME 3

- Le comme d’analogie apparaît déjà en AF, utilisé seul ou dans le cadre de locutions conjonctives (ainsi comme).

- En MF s’y ajoute la valeur exemplative ; valeur que nous lui connaissons encore à l’heure actuelle. Par ailleurs, certains grammairiens mentionnent la concurrence de comment pour exprimer l’analogie.

- Au 16e siècle, une nouvelle valeur fait son apparition : le comme pronom relatif avec des mots comme manière/moyen comme antécédent. Huguet remarque une certaine concurrence de comment dans les locutions conjonctives exprimant l’analogie (cfr.infra)

- Au 17e siècle, comme est très fortement concurrencé par que dans la formation des locutions conjonctives.

- Finalement, un siècle plus tard, que supplante comme dans les structures analytiques exprimant l’analogie. Le comme d’analogie, à lui seul, subsiste néanmoins.

COMME 4

- En AF et MF le comme d’égalité est mentionné ça et là, mais sa situation semble relativement instable.

- Il disparaîtrait déjà au 16e siècle (concurrencé par comment, selon Huguet) et n’apparaîtrait plus que dans les locutions conjonctives, avec une concurrence persistante de que.

- Au 17e siècle, il existe une véritable polémique au sujet de la capacité de comme à former des locutions conjonctives exprimant l’égalité (aussi comme). Selon les uns, que aurait définitivement supplanté comme, alors que d’autres affirment que comme apparaît encore fréquemment dans de telles structures analytiques. De façon générale, nous pouvons poser que la concurrence entre que et comme devient de plus en plus persistante et que comme perd de plus en plus de terrain…

- Au 18e siècle, le comme d’égalité finit par disparaître : notre marqueur perd définitivement la bataille face à que.

COMME 5

Nous trouvons la première attestation du comme adverbial dès le MF.

La valeur qualifiante de comme semble apparaître un peu plus tard, à savoir au 16e siècle, de même que l’emploi métadiscursif de comme. Ces trois valeurs plus pragmatiques subsistent encore actuellement.

COMME 6

La locution conjonctive comme que, exprimant une valeur concessive, ne connaîtra pas une très longue histoire : elle disparaîtra déjà au 16e siècle.

 

 

 

2.2.2. Evolution de comment 

 

2.2.2.1. Tableau général

 

          période

emploi

 

AF

MF

16e

17e

18e

 

Comment 1

 

 

(V)

 

V

 

V

 

V

 

V

 

Comment 2

 

 

(V)

 

V

 

V

 

0

 

0

 

Comment 3

 

 

(V)

 

0

 

          V

 

0

 

0

 

Comment 4

 

 

(V)

 

V

 

0

 

0

 

0

 

Légende : idem

 

Comme le tableau nous l’indique, nous découvrons des attestations des quatre emplois de comment dès l’AF. Le comment 1 domine clairement la scène. Même s’il a subi une bataille orageuse avec comme 1 et qu’il a perdu certaines de ses valeurs, il s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui et il a réussi à acquérir une position stable. Les autres valeurs de comment ont connu beaucoup de hauts et de bas au cours de l’histoire. Selon nos sources, ils ont tous fini par disparaître à partir du 17e siècle. Il nous faut encore remarquer que le 16e siècle semble connaître une véritable explosion des emplois de comment ! Selon Huguet, comment semble en effet concurrencer comme dans la majorité de ses emplois. Regardons cela de plus près…

 

2.2.2.2. Evolution par tour

 

a) comment 1

 

Ainsi que nous l’avons fait pour les tours de comme, nous esquisserons à présent l’évolution historique de comment 1 en détail.

Les grammairiens sont partagés dès l’AF. Selon Moignet, comment serait un adverbe interrogatif (42) ét exclamatif, alors que Buridant et Tobler&Lommatzsch estiment que comment se limiterait à l’interrogation. Dans le dictionnaire de Larousse, le domaine de comment 1 se rétrécit encore : il ne s’occuperait que de l’interrogation indirecte (43) !

(42) Damoisele, fet messire Gauvains, comment a il non, vostre amis ? (La Mort du Roi Arthur, v.62)

(Mademoiselle, dit messire Gauvain, quel nom porte-t-il, votre ami ?)

(43) Deus set assez cument la fins en ert. (Chanson de Roland, v. 3872)

(Dieu sait bien quelle en sera la fin)

La situation ne semble pas encore clarifiée en MF. Comment fonctionnerait-il uniquement en tant qu’adverbe interrogatif ou serait-il également actif dans le domaine exclamatif (44) ?

                              (44) Comment vous criez ! (M&W, La Farce de Maître Pathelin)

Les grammairiens ne font toujours pas l’unanimité. Martin&Wilmet et Larousse semblent poser que comment fonctionnerait comme adverbe interrogatif et exclamatif, concurrencé par comme dans les deux cas. Mais Marchello-Nizia se montre plus réservée à l’égard de comment 1 : il ne serait actif qu’au niveau de l’interrogation indirecte ! Par conséquent, nous ne savons pas sur quel plan – interrogation et/ou exclamation ? – comme subissait la concurrence de comment.

 

Au 16e siècle, les grammairiens restent partagés. Gougenheim estime que comment concurrence comme au niveau de l’interrogation directe et indirecte, alors que Huguet y ajoute l’exclamation.

 

Cette situation ambiguë semble se clarifier quelque peu au 17e siècle. Seul Furetière mentionne l’emploi exclamatif de comment. Le comment, adverbe exclamatif, serait donc en voie de disparition. Si les grammairiens semblent d’accord au sujet de l’exclamation, il existe encore un profond désaccord au sujet du rôle de comment dans l’interrogation et de sa concurrence avec comme :

-          Pour l’Académie et Spillebout, comment s’utiliserait dans l’interrogation directe et indirecte. Il serait concurrencé par comme dans le second cas. Fournier est d’accord avec eux quant à l’étendue du comment 1, mais il constate une concurrence de comme au niveau de l’interrogation directe également.

-          Vaugelas et Corneille estiment que comment est requis dans deux cas précis,        c’est-à-dire dans l’interrogation directe et indirecte lorsque comment est suivi du verbe demander.

-          Oudin, quant à lui, se montre plus radical. Selon lui, il faut se servir de comment dans l’interrogation, et non pas de comme. Il ne relève donc aucune concurrence entre les deux marqueurs.

-          Comme nous l’avons déjà relevé, Furetière attribue les trois sous-emplois à comment : il s’occuperait de l’interrogation directe et indirecte ét de l’exclamation.

 

Au 18e siècle, les deux marqueurs semblent départagés pour de bon ! Comment se spécialiserait donc au niveau de l’interrogation directe et indirecte. Comme ils ne parlent plus de l’exclamation, nous en déduisons que comment a abandonné l’emploi exclamatif au profit de comme.

 

Conclusion

 

          période

emploi

AF

MF

16e

 

17e

18e

Interr. Dir.

(V’)

V’

V’

V’

V

Interr. Indir.

(V’)

V’

V’

V’

V

Exclamation

(V’)

V’

V’

(0)

0

 

De même que comme 1, comment 1 a connu de nombreuses modifications avant d’atteindre son emploi actuel :

-          L’emploi de comment dans l’interrogation indirecte apparaît dès le début de nos recherches. Comment 1 connaîtra une vive concurrence de comme 1 tout au long de l’histoire du français. Vers le 17e siècle, comment 1 semble gagner de plus en plus de terrain. Le 18e siècle confirme cette évolution et va même plus loin : comment réussira définitivement à supplanter comme dans l’interrogation directe.

-          L’utilisation de comment dans l’interrogation directe suit pratiquement une évolution identique. Comment 1 se battra avec comme à ce niveau aussi et réussira à obtenir gain de cause définitivement vers la fin du 17e siècle.

-          Comme nous l’avons déjà relevé au sujet de comme 1, l’exclamation connaît une évolution totalement différente. Vers le 17e siècle, comment se fragilise de plus en plus dans les emplois exclamatifs. Au 18e siècle, comme gagnera la bataille dans ce domaine.

 

b) comment 2

 

En AF, Godefroy et le dictionnaire de Larousse distinguent un comment, synonyme de à peu près. (45) Remarquons qu’en MF, Larousse attribue cette valeur à comme, et non à comment !

                (45) A la fenestre est apoie, ensement comment esmarrie. (Chrétien de Troyes, Roman de Perceval)

                (Elle se tient appuyée à la fenêtre, à peu près à la manière de quelqu'un qui est triste)

 

En MF, Martin&Wilmet nous apprennent que comment peut avoir un emploi comparatif et prendre le sens de de la manière que. Par conséquent, comment concurrencerait comme dans le domaine de l’analogie !

 

Au 16e siècle, le comment 2 connaît son apogée : il apparaît dans plusieurs domaines propres à comme :

-          l’égalité (46);

(46) Je vous requiers que si vous ay meffaict en rien qui soit escript en ceste lettre, que vous veuillez en tel obly le mettre commant avez lesclave fortune depuis le jour quicy fus amené. (Huguet, Michel d’Amboise, Le Babilon)

-          l’analogie : Huguet observe que comment peut se construire avec ainsi et former la locution ainsi comment (47) ;

(47) Or par cela, il fut si glorieux qu’il estimoit de jouer en tous lieux ainsi comment la sienne maison. (Huguet, Haudent, Apologues d’Esope)

-          la valeur qualifiante : comment pourrait également signifier en qualité de.

Il est même suggéré que comment servirait de pronom relatif derrière des mots comme moyen et manière (de même que comme !). Apres le 16e siècle, le comment adverbial semble totalement disparaître.

 

Conclusion

 

             période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

 

Adverbial

 

 

(V)

(‘à peu près’)

 

V’

(analogie)

 

V

(analogie+ égalité+qual.)

 

0

 

0

Légende : idem

                     V’ : possible concurrence de comme

 

Le tableau ci-dessus montre que le comment adverbial est mentionné dans les ouvrages jusqu’au 16e siècle En AF, seul le comment, synonyme de à peu près, est mentionné ; ensuite comment apparaîtrait dans l’analogie, le domaine privilégié de comme ! Selon  Huguet, le comment 2 connaîtrait trois valeurs différentes au 16 siècle, mais il finit par disparaître au siècle suivant…

 

c) comment 3

 

Le comment conjonctionnel apparaît en AF : il pourrait alors exprimer la conséquence, la finalité… (48)

                (48) Et quant il sot la vérité, comment Francois sont araité.                                                       (T&L,Chronique rimée de Philippe Mousres)

(Et lorsqu'il connut la vérité, comment les Français étaient mis en possession d'/de l'héritage.)

 

Il disparaît néanmoins en MF et finit par refaire surface au 16e siècle. A ce moment-là, le comment 3 pourrait servir de conjonction temporelle (49) et causale (50). Notons que cet emploi de comment n’est à nouveau mentionné que par un seul grammairien au 16e siècle, à savoir Huguet !

(49) Comment un chien traversoit un ruisseau tenant alors en da geule un morceau de chair robbée, il peust apercevoir son umbre en l’eau. (Haudent, Apologues d’Esope)

(50) Catilina […] appelait […] la cité de Romme un hospital, ou une hostellerie, comment ayant reçue un Inquilin. (Seysel, traduction d’Appien, Guerres civiles)

 

Le comment 3 disparaît définitivement à partir du 17e siècle. De même que pour le comment adverbial, le comment 3 n’exprime pas la même chose au début et à la fin de son existence : il évolue de la finalité et la conséquence vers l’expression du temps et de la cause !

De façon générale, nous constatons que le comment conjonctionnel n’a jamais réussi à se démarquer comme une conjonction à part entière en français. Il n’est mentionné que ça et là par quelques grammairiens.

 

Conclusion

 

            période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

 

Conjonctionnel

 

(V’)

(finalité +

conséquence)

 

0

 

V’

(temps +

cause)

 

0

 

0

 

Le comment 3 apparaît dans nos sources à deux reprises (avec quatre valeurs différentes). Mais il est à chaque fois concurrencé par comme et finit par définitivement lui céder sa place…

 

d) comment 4            

 

La locution conjonctive comment que suit la même évolution que comme que : elle apparaît en AF et disparaît au 16e siècle.

 

            période

emploi

AF

MF

16e

17e

18e

 

Comment que

 

 

(V)

 

(V)

 

V

 

0

 

0

 

   

3.2.2.3. Bilan      

 

COMMENT

1

- Dès l’AF jusqu’au 16e siècle les grammairiens semblent particulièrement partagés quant au rôle de comment 1. Selon les uns, il serait seulement un adverbe interrogatif, alors que d’autres estiment que le marqueur intervient également dans le domaine exclamatif. Dans les deux cas, une concurrence avec comme est à souligner.

- Au 17e siècle, la situation floue se débloque peu à peu : le comment exclamatif semble en voie de disparition. Nous n’en trouvons plus qu’une seule attestation. Néanmoins, il existe toujours une profonde discordance parmi les grammairiens au sujet du rôle de comment dans l’interrogation et de sa position par rapport à comme. Soit comment serait utilisé dans l’interrogation directe et indirecte, concurrencé par comme ; soit comment s’utiliserait dans des cas précis, notamment après le verbe demander ; soit il n’y aurait aucune concurrence de comme dans le domaine exclamatif.

- Au 18e siècle les emplois se répartissent de façon définitive : comment abandonne la valeur exclamative et fonctionne comme adverbe interrogatif (directe et indirecte).

COMMENT

2

- Comment 2 apparaît déjà en AF, avec une valeur adverbiale.

- En MF, cette valeur disparaît et fait place au comment analogique : Martin&Wilmet expliquent que comment pourrait prendre le sens de de la manière que, de même que comme.

- Au 16e siècle, nous assistons à une véritable explosion du comment 2 : il apparaît dans le domaine de l’égalité et de l’analogie et se voit même attribuer une valeur qualifiante. En outre, comment servirait de pronom relatif derrière des mots comme moyen et manière. Notons la concurrence de comme dans ces quatre domaines.

- Aux 17e et 18e siècles nous ne retrouvons plus aucune attestation du comment 2.

COMMENT

3

La situation du comment conjonctionnel est très incertaine au cours de l’histoire.

En AF, il pourrait servir de conjonction finale et consécutive, avec une certaine concurrence de comme. Après avoir disparu de la scène en MF, notre marqueur  réapparaîtrait au 16e siècle pour exprimer le temps et la cause, selon Huguet. Comment subit à nouveau la pression de comme et finit par disparaître définitivement un siècle plus tard.

COMMENT

4

Comment que suit un parcours similaire à celui de la locution conjonctive comme que. Il est attesté dès l’AF, mais disparaît déjà au 16e siècle

                                     

II. CONCURRENCE COMME/COMMENT

A partir de ces constatations,  il nous semble opportun de récapituler brièvement l’évolution de la concurrence entre comme et comment. Nous avons vu que comme a dû se défendre « corps et âme » afin de ne pas voir ses emplois s’envoler en fumée. Au 16e siècle, nous aurions même pu craindre pour l’avenir de comme tellement que la pression de comment croissait. Jetons-y encore un dernier coup d’œil en procédant période par période.

 

- La situation est plutôt floue en AF. Dans certains ouvrages, nous trouvons une concurrence au niveau exclamatif et interrogatif, alors que d’autres ne notent de concurrence que sur le plan interrogatif.

 

                     emplois

 

grammairiens

Interr.

Excl.

Comme que/

Comment que

 

Moignet

 

 

V

 

V

 

V

 

Godefroy

 

 

__

 

__

 

__

 

Buridant

 

 

V

 

__

 

__

 

Tobler&Lommatzsch

 

 

V

 

__

 

__

 

Larousse

 

 

V

     (indirecte)

 

 

__

 

__

 

Légende : V : concurrence

                 __ : pas de concurrence

 

- Les avis restent partagés en MF. Martin&Wilmet notent une concurrence à trois niveaux, c’est-à-dire au niveau interrogatif, exclamatif et comparatif. Marchello-Nizia et le Larousse, quant à eux, ne parlent de concurrence qu’en ce qui concerne l’interrogation. Selon Larousse, la concurrence se situe entre l’interrogation directe et indirecte. Marchello-Nizia, quant à elle, se montre plus réservée à ce propos : elle ne nous fait part que de la concurrence en interrogation directe. Comme se chargerait à lui seul de l’interrogation directe, selon elle.

 

                emplois

 

grammairiens

Interr.

Excl.

Comp.

 

Martin&Wilmet

 

 

V

 

V

 

V

 

Marchello-Nizia

 

 

V

           (directe)

 

__

 

__

 

Larousse

 

 

V

 

__

 

__

 

Di Stefano

 

 

__

 

__

 

__

Légende : idem

 

- Au 16e siècle, nous avons constaté l’explosion des emplois de comment. Selon Huguet, comment apparaît en effet presque dans tous les emplois traditionnels de comme. Il souligne une concurrence dans l’interrogation, mais aussi en tant que conjonction causale. En outre, les marqueurs se concurrenceraient pour construire des locutions conjonctives exprimant l’égalité. Gougenheim, par contre, ne parle que de l’interrogation. Selon ce dernier, comme et comment ne se concurrenceraient qu’au niveau de l’interrogation directe et indirecte.

 

            emplois

 

grammairiens

Interr.

Excl.

Conj.

Egalité

 

Gougenheim

 

 

V

 

__

 

__

 

__

 

Huguet

 

 

V

 

V

 

V

 

V

 

Légende : idem

 

- Au 17e siècle, la situation semble quelque peu se débloquer. De manière générale, comment cèderait sa place à comme, sauf sur le plan de l’interrogation. Il y néanmoins encore quelques divergences d’opinion, concernant l’interrogation, auprès des grammairiens, mais elles restent limitées :   

- Spillebout et Haase notent une concurrence sur le plan de l’interrogation directe et     indirecte. Ils remarquent toutefois que comme tend à disparaître complètement dans l’interrogation directe vers la fin du 17e siècle.

- Selon Fournier, aucun des marqueurs ne tendrait à disparaître de la scène. Il y aurait donc encore une forte concurrence et instabilité dans l’interrogation directe et indirecte au 17e siècle.

- Le dictionnaire de l’Académie va dans le sens de Spillebout et Haase, mais il estime que l’interrogation indirecte aurait déjà complètement été attribuée à comment au 17e siècle.

- Vaugelas et Corneille, eux aussi, ne soulignent de concurrence que dans l’interrogation indirecte, mis à part quelques cas particuliers.

- Oudin et Furetière, par contre, ne marquent aucune concurrence.

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

Légende : idem

                (V) : concurrence incertaine

 

- Comme nous l’avons déjà souligné, aucun des ouvrages consultés ne mentionne de comme 1 au 18e siècle. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène. Soit la situation est résolue : comme cède sa place à comment pour ce qui est de l’interrogation et il se consacre à l’exclamation. Soit la situation floue subsiste, mais les grammairiens n’en parlent pas. Il faut en effet souligner que nous avons consulté des grammaires qui parlent de la norme.         C’est-à-dire qu’elles décrivent le bon usage, sans tenir compte de l’emploi réel dans la vie quotidienne. Nous avons opté pour la première hypothèse. Ceci pose l’évaluation du rôle des grammairiens dans le processus de répartition des emplois entre comme et comment.

 

Conclusion

 

 

               Période

Zones

concurrence

AF

MF

16e

17e

18e

* interr. dir.

* interr. indir.

* exclamation

 

V

V

V

 

V

V

V

V

V

?

(V)

(V)

V

0

0

0

* finalité

* causalité

 

V

0

0

0

0

V

0

0

0

0

* analogie

 

0

V

V

0

0

* égalité

 

0

0

V

0

0

* qualifiant

 

0

0

V

0

0

Légende : V : concurrence entre comme et comment attestée par un des grammairiens

                   V : concurrence en voie de disparition

                    0 : aucune concurrence attestée

 

Comme l’indique la grille ci-dessus, la concurrence entre comme et comment s’est manifestée dans plusieurs domaines au cours de l’histoire.

* Comme 1 et comment 1 ont connu la plus vive concurrence : comme et comment s’utilisent tous deux dans l’interrogation directe et indirecte jusque dans le courant du 17e siècle. La concurrence au niveau de l’exclamation se maintient même encore un peu plus longtemps. A l’heure actuelle, comme a maintenue une valeur exclamative, alors que comment fonctionne comme adverbe interrogatif directe et indirecte.

* Au niveau conjonctionnel, deux points de concurrence sont à souligner : en AF, dans l’expression de la finalité et pour exprimer la causalité au 16e siècle ; Aujourd’hui, comme a perdu la faculté d’exprimer la finalité, mais il s’utilise encore comme conjonction causale, contrairement à comment.

* Le domaine de l’analogie serait également un domaine de concurrence du MF jusqu’au 16e siècle. Ensuite, comme a définitivement supplanté son concurrent.

* Pour ce qui est de l’égalité, seul Huguet mentionne la faculté de comment à exprimer cette valeur au 16e siècle. Finalement, les deux marqueurs ont disparu du domaine de l’égalité ;

* De même que pour l’égalité, Huguet pose que comment pouvait avoir une valeur qualifiante au 16e siècle. En français moderne, nous constatons que ce rôle est définitivement attribué à comme.

III. LA GRAMMATICALISATION DE COMME

Nous estimons que le marquage de l’histoire nous aidera à mieux voir comment se met en place le fonctionnement syntactico-sémantique de comme en français moderne. C’est pourquoi, à présent, nous étudierons l’influence du processus de grammaticalisation sur notre marqueur. Comme nous le verrons, ce procédé entraînera une restructuration profonde du système de comme, ce qui permettra d’expliquer sa polysémie actuelle.

3.1. Situation en AF

En AF, comme fonctionne essentiellement en tant que « relatif », c’est-à-dire comme proforme de reprise d’un adverbe. Déjà à cette époque, il apparaissait dans un large domaine.

Nous distinguons trois types de com(e) (Pierrard, 1998b:128):

   

1) com(e) relatif de manière et d’analogie[6] qui renvoie souvent à un adverbe de manière (si, ainsi) ou de degré (aussi…).

 

(51) Cil d’Ociant i braient e henissent

(Ceux d’Ociant poussent là des cris et des henissements

Arguille si cume chen i glatissen. (Chanson de Roland, v.3527)

 [Et ceux d’] Argoilles comme des chiens y poussent des aboiements.)

        

2)      com(e) relatif d’égalité[7] ou d’identité[8] qui peut également se construire  avec un marqueur de degré. Pour exprimer l’égalité si et tant apparaissent. Pour l’identité tel est utilisé.

 

(52) Et por ce ne le di je mie,

 (Et je ne le dis pas pour cette raison

Se j’avoie si bele amie,

si j’avais une si belle amie,

Con vos savez, sire, conpainz. (Yvain, v.2528)

comme vous le savez, seigneur, mon camarade.)

 

3)      com(e) relatif de temps qui peut renvoie généralement à si ou un de des composés (issi, ainsi, …). Comme le montre l’exemple, comme exprime ici une valeur de simultanéité, ce qui s’explique assez facilement, puisque la simultanéité peut être considérée comme une comparaison d’égalité appliquée au temps. Cette valeur apparaît à partir de la seconde moitié du 4e siècle.

(53) Et bien duroit la route, si cum ils venoient à l’ost. (Villehardhouin; Imbs, 1956:130)

(Et la route avait été bien longue, lorsqu’ils arrivèrent au campement.)

 

En conclusion, du point de vue formel, nous relevons donc une grande fréquence des tours analytiques en AF, dont le but est de mettre en relief la cosaturation des arguments. En d’autres termes, dans ces structures comme joue le rôle de conséquent de l’adverbe.

Du point de vue sémantique, comme marque la coïncidence entre prédicats ou arguments. Ceci implique leur identité sous forme faible (analogie) ou forte (égalité). Plus tard, cette égalité s’est appliquée au temps, ce qui a mené à la valeur de simultanéité.

3.2. Début de la grammaticalisation en AF

Comme nous venons de le constater, en AF comme a pour fonction d’articuler deux propositions. Cela se fait, dans un premier temps, à l’aide de structures analytiques qui accentuent la coïncidence des propositions. Néanmoins, il faut nuancer cela pour deux raisons : d’une part la forme synthétique reste dans l’usage (54). D’autre part, les deux composantes de ces structures analytiques restent fortement autonomes.

(54) Amour la nom ? Mes est ardour,

Qui einsi vient de jour en jour.

Fletrist ma face et ma coulour,

Com fait gelee tenre flour. (Piramus et Tisbé, v.158)

(Je l'appelle amour ?  Mais c'est du désir,

qui vient ainsi jour après jour.

Il a fait flétrir mon visage et mon teint

comme le fait le gel avec une fleur tendre.)

 

Mis à part ces deux réserves, les structures analytiques permettent tout de même de faire progresser la grammaticalisation de comme en AF. C’est-à-dire que le rapport entre les deux comparandes de ces formes analytiques permet de marquer la cohésion textuelle (ou la coïncidence). Ce rapport diffère selon les tours  (Pierrard, 1998b :134):

· Les tours analogiques et temporels expriment une réelle coïncidence des composantes : comme fonctionne comme un conséquent de l’adverbe analogique ou temporel, ce qui souligne la cosaturation.

(55) Donc est li cuers el vantre mis,

Ausi com la chandoile esprise

Est dedanz la lenterne mise. (Cligés, v. 709)

(Alors le coeur est posé dans le ventre

tout comme la chandelle allumée

est posée dans la lanterne.)

 

· Dans les tours de comparaison d’égalité (aussi …com(e)) il n’y a pas de réelle coïncidence : aussi ne renvoie pas directement à com(e) et celui-ci n’exprime pas de cosaturation. Dans ce cas-ci com(e) marque une conformité à un certain degré d’une propriété. Cette propriété est, quant à elle, mesurée par un adverbe de degré (aussi).

                        (56) Mieuz sont vestues les mescines

                                      Ou aussi bien conme roïnes. (Eracle, v.2064)

                                   (Les jeunes filles sont habillées mieux

                    ou aussi bien que des reines.)

 

 

3.3. Restructuration du système de com(e)

Il y a eu des modifications importantes au niveau de l’élément source et de l’élément de reprise, qui composent la forme analytique.

3.3.1 Elément source

a) com(e) d’analogie

Les formes aussi/autresi com(e) s’imposent de plus en plus à partir du XIIIe siècle au détriment de com(e) et (is)si / ainsi com(e).

                                (57) Tel fils t’ocirra d’un coutiel

                                Aussi com cil fist le pourciel. (Sept sages, v.2004)

                                (Ce fils t'assassinera d'un couteau

tout comme celui-là le fit avec le porcelet.)

 

b) com(e) d’égalité

Autresi, aussi, … com(e) indiquaient déjà une identité de nature (cfr.supra) en combinant l’expression du degré (autresi, aussi…) et le renvoi à l’autre (come). Or, dès le XIIIe siècle, ces formes supplanteront si/tant pour se généraliser et marquer une égalité avec une circonstance externe à l’énoncé.

Comme nous l’avons déjà démontré, les segments en auXcom(e) combinent l’expression du degré et un renvoi au deuxième élément. C’est-à-dire qu’avec sicom(e), si annonce une immensuration[9]

 

et com(e) indique la conformité avec un second élément. Tandis qu’avec au(tre)si par exemple, la source peut annoncer la commensuration à elle seule : l’immensuration est à nouveau assurée par si et le renvoi au second élément par autre. De cette confrontation de ces deux immensurations résulte alors la valeur d’égalité.

On comprend à présent pourquoi si/tant sont progressivement remplacés par autant et aussi.

Les  premiers marqueurs, quant à eux, glisseront petit à petit vers des emplois plus pragmatiques. Ainsi, nous verrons que tant quantitatif acquerra progressivement l’effet de sens consécutif, à l’aide de la forme de reprise que :

(58) La dame li respondoit aussi courtoisement comme elle pooit, et tant qu’il plot au marcheant aller ailleurs. (Laurin, v.15590)

(La dame lui répondit avec autant de courtoisie qu'elle pût, et si bien qu'il plut au marchant d'aller ailleurs.)

 

c) com(e) temporel

Dans les temporelles avec com(e), si s’emploie souvent en tant qu’adverbe de rappel ou de renforcement. Mais il faut également souligner le recours de plus en plus fréquent à des éléments source plus précis : si tost com(e) ou tantost com(e).

 

Nous constatons de façon générale que le marqueur analytique tend de plus en plus à combiner le degré et le renvoi à l’autre.

3.3.2. Elément de reprise

Que n’apparaît pas encore souvent en AF pour remplacer com(e) et ne réussira à remettre en question la stabilité du système qu’au XVIIe siècle. Petit à petit, les formes analytiques de type fonctionnel (si com(e)) évolueront vers des formes analytiques de type grammatical (si que).

Cette évolution a deux conséquences importantes (Pierrard, 1998b: 143):

· l’accentuation de la hiérarchie ;

· la favorisation du glissement vers l’exploitation pragmatique et  l’expression de subjectivité.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir l’évolution des formes analytiques si/tantcom(e) indiquant l’égalité, comme nous l’avons expliqué ci-dessus.

Dans les formes au(tre)si/au(tre)tantcom(e) le premier élément combine une marque de degré et un renvoi à l’autre. Com(e) devient alors superflu et moins apte à exprimer l’égalité. Il sera donc à nouveau remplacé par la forme de reprise que.

 

3.3.3. Conséquences pour le système de comparaison

Il y aura une réorganisation du système de comparaison, due à l’extension de la structure : marque d’immensuration + que (p.e. si que). Cela donne lieu à deux constructions :

· que s’utilise dans les tours exprimant un rapport de degré ;

· comme est employé dans les tours exprimant la conformité entre comparandes.

Pierrard (1998b :143) résume l’opposition comme/que de la façon suivante :

-          lorsqu’on souligne une propriété identifiée, base d’immensuration, l’accent tombe sur le marqueur d’immensuration. Com(e) sera alors neutralisé et remplacé par que.

X est aussi grand que Y.

-          lorsqu’on souligne une conformité « indéfinie » entre les comparandes, l’accent tombe sur le marqueur indéfini comme, puisqu’il n’est pas question d’immensuration.

X est grand comme Y.

 

En conclusion, nous pouvons poser que com(e) connaît trois stades dans son développement en tant que marqueur indéfini de prédication complexe. De la fonction de marqueur synthétique de hiérarchie, il évolue vers celle de marqueur analytique de hiérarchie, en passant par une forme analytique de type fonctionnel.

En d’autres termes : comme ® ainsi com(e) ® ainsi que (= forme grammaticalisée)

 

3.4. Comme et la conformité

Toutes ces restructurations dans le système comparatif de comme auront des répercussions importantes dans les différents emplois de comme pouvant exprimer un rapport de conformité. Afin d’analyser cela de plus près, deux variables seront utilisées (Pierrard, 1998b: 135).

1)  le type de rapport entre les comparandes ;

2)      l’identification des comparandes.

3.4.1 Rapport entre les comparandes

Comme met en rapport deux prédicats sur base d’une conformité « indéfinie » entre les deux. Cela mène à diverses constructions qui vont influencer le rapport entre les prédicats. Comme nous l’avons déjà révélé, il faut tenir compte de :

-          l’évolution d’un lien par simple cosaturation vers une hiérarchisation de plus en plus accentuée;

-          l’évolution d’une coïncidence modale vers une conformité de plus en plus dictée par le contexte.

 

a) accentuation de la hiérarchisation

Deux phénomènes peuvent conduire à cette accentuation :

- En premier lieu, il faut souligner l’affaiblissement de la cosaturation. Surtout dans les temporelles et les causales ce processus va très loin : la cosaturation finit par s’estomper définitivement.

(59) Paul est arrivé comme Marie partait. (Bat-Zeev, 1995 : 147)

 

- En deuxième lieu, il y a la réduction de l’autonomie syntaxique du deuxième prédicat.  C’est-à-dire qu’une ellipse de P2 accentue son caractère dépendant par rapport à P1.

(60) Elle chante comme une vraie professionnelle. (Bat-Zeev, 1995 : 147)

Un autre point réduisant l’ autonomie est la non détermination ou la non quantification du comparande 2.

                    (61) Georges agit comme roi. (Damourette&Pichon, 1911-1940, §3125 :385)

 

b) importance du contexte

- Dans les tours exprimant la conformité l’impact du contexte n’est pas encore très poussé. Pourtant, la portée accordée à comme peut modifier le sens de l’énoncé (Pierrard, 1998b : 138)

(62)   Il fut écartelé comme Ravaillac.

a.       « de la même manière que Ravaillac »

b.       «  Ravaillac aussi fut écartelé »

Par ailleurs, le contexte peut accorder une valeur quantitative ou qualitative.

(63)   Il travaille comme je travaille.

a.       «  il travaille de la même manière que moi »

b.      « il travaille autant que moi »

 

Comme nous l’avons expliqué ci-dessus, l’avancée de la grammaticalisation se manifeste par l’abandon de la cosaturation, ce qui augmente le rôle du contexte. Dès lors, il est question d’une conformité entre deux moments temporels de relations prédicatives. Cette concomitance « partielle » favorise l’exploitation pragmatique de la hiérarchisation des prédicats : comme causal apparaît.

Une même subordonnée en comme P peut donc recevoir trois interprétations selon le contexte (Pierrard, 1999b :138):

                      (64a)  Comme il pleuvait, il sortit du cinéma.

                              Dans le sens de « au moment où »

                  (64b)  Comme il pleuvait, je pris mon parapluie.

                              Dans le sens de « puisque »

                      (64c)  Comme il pleuvait, je me serais fait tremper complètement. 

                               Dans le sens de « dans les circonstances où P1, dans ces circonstances P2 »

 

3.4.2. L’identification des comparandes

Cette variable aura également une influence considérable sur la grammaticalisation de comme et l’extension de ses emplois.

 

a) comparandes de même portée référentielle

Le tour analogique exprime une conformité entre deux éléments -à savoir une propriété et un comportement- qui possèdent une valeur référentielle identique.

(65)  Il écrit comme il parle.

Lorsque la propriété est mise en valeur par une apposition, « elle accentue la valeur de degré exprimé par le rapport de conformité et souligne la fonction causale, explicative du         repère […] » (Pierrard, 1999b: 140).

(66)  Riche comme il est, il pourra vous aider.

 

b) comparandes de portée référentielle différente

Les deux comparandes peuvent avoir des valeurs référentielles différentes. Par exemple, individu/catégorie ou catégorie hyperonymique/hyponymique. Cette différence de portée référentielle explique la valeur parémique (57) ou exemplative (58) de comme.

(67)  Il est fort comme un Turc.

            (68)  Plusieurs langues, comme le grec, le latin, l’allemand, etc., divisent les noms en trois

                       genres.

 

c) comparandes de portée énonciative différente

- Comme l’explique Pierrard (1999b: 141), le deuxième prédicat peut référer à des circonstances évaluatives externes à l’énoncé (69). Il peut aussi exprimer la conformité de l’énoncé et de l’énonciation (70) ou du métalinguistique et du linguistique (71).

                          (69)  La femme, une belle rousse, avec des yeux étrangement ardents, et une bouche comme je

  n’en avais jamais vu de plus sensuelle.

                          (70)   Comme le démontre en effet cet auteur, la cohérence est avant tout un jugement porté sur  

                              le texte […].

                      (71)   Comme son nom l’indique, M. Pain est boulanger.

 

- Le deuxième comparande peut également marquer une qualification attributive dans le contexte d’une prédication seconde. Comme spécifie alors le domaine de portée du discours (72).

(72)  Paul travaille comme docker.

 

d) Sélection du comparande pivot qui intègre la prédication seconde

- Normalement, le thème de la prédication joue le rôle de pivot. Cependant, le rhème peut aussi être placé en position de pivot et le thème en position de focus. Cela peut donner une valeur affective à l’énoncé.

(73)  Seul un architecte comme P.W. pouvait construire cela !

 

- Lorsque le comparande pivot n’est pas explicité, il est défini par approximation.

(74) On entendait comme un grondement lointain. (Damourette&Pichon, 1911-1940, §3126 : 388)

 

3.5. Conclusion

 

En ancien français, nous constatons donc que comme exprime la coïncidence modale entre proposition, ce qui donne lieu à l’expression de l’identité faible (comformité) et forte (égalité) et à sa valeur temporelle. Au cours de l’histoire, nous voyons que comme subit une concurrence de plus en plus forte de que dans l’expression de l’identité et qu’il finira par se limiter à l’expression d’une conformité “indefinie” entre comparandes. Ce rapport de conformité peut prendre diverses formes et conduira à certaines valeurs de comme que nous lui connaissons aujourd’hui:

-          En ce qui concerne le rapport entre les comparandes, la hiérarchie s’accentue et l’influence du contexte devient essentiel, ce qui se répercute surtout dans les temporelles et causales.

-          En ce qui concerne l’identité des comparandes, nous remarquons qu’une portée référentielle différente des comparandes donne lieu à la valeur exemplative. Lorsque la portée énonciative diffère, les valeurs méta-énonciative et qualifiante font leur apparition. Enfin, la valeur adverbiale de comme apparaît quand le rhème se veut le pivot de la comparaison.

Nous pouvons donc poser que la grammaticalisation de comme se déroule selon les tendances générales de ce processus, c’est-à-dire qu’un sens basé sur une situation plus ou moins objective, l’item lexical commence à désigner la cohésion textuelle (p.e. comme causal) et finit par exprimer le point de vue du locuteur par rapport à ce qui est énoncé (p.e. comme méta-énonciatif) (Traugott, 1991)

    

IV. Conclusion     

 

Il est clair que l’histoire de comme (et celle de comment) est une histoire particulièrement mouvementée. Sans cesse de nouveaux emplois font leur apparition, tandis que d’autres disparaissent. Tous ces « ups and downs » et changements sémantiques dus au processus de grammaticalisation et à la concurrence entre les différents marqueurs nous montrent comment est née la polysémie et l’étendue des emplois de comme.

En AF, nous constatons que cinq zones fonctionnelles de comme peuvent être distinguées : l’interrogation/exclamation, le fonctionnement conjonctionnel (avec différentes valeurs : tems, conséquence, cause…), le domaine de l’analogie, l’égalité et l’emploi de comme dans la locution conjonctive comme que. Nous avons pu relever que les trois premiers emplois ont résisté jusqu’en français moderne, malgré les fortes pressions de comment  (surtout dans le premier domaine) et de que (dans les deux derniers emplois). Soulignons néanmoins que ces trois zones se sont fortement limitées : le premier emploi ne concerne plus que l’exclamation ; comme ne fonctionne plus qu’en tant que conjonction temporelle et causale ; il a été supplanté par que pour former des locutions conjonctives analogiques. Les deux dernières zones ont définitivement disparu du domaine de comme, alors que le processus de grammaticalisation a fait apparaître plusieurs emplois plus pragmatiques en MF et au 16e siècle, à savoir les valeurs qualifiante, adverbiale et exemplative.

Pour comment, le domaine d’application est un peu moins étendu. Nous n’avons en effet pu distinguer que quatre zones fonctionnelles en AF : l’interrogation/exclamation, l’emploi adverbial, le fonctionnement conjonctionnel et la locution comment que. Seule la première zone s’est maintenue en se limitant à l’exclamation. L’emploi adverbial de comment est attesté jusqu’en français classique et la conjonction comment ne fait que de brèves apparitions en AF et au 16e siècle. Enfin, nous avons constaté que comment que a très vite disparu de la scène.

Cette étude montre déjà à quel point l’évolution historique complexe de comme et sa concurrence avec comment sont intrinsèquement liées à la difficulté d’appréhension du marqueur en français moderne. Afin de pouvoir aller encore plus loin dans notre analyse, nous estimons devoir prendre en considération encore d’autres formes qui interfèrent dans le système telles que combien, que/ce que... En faisant intervenir ces formes complémentaires, un long chemin – qui n’en devient que plus passionnant- reste à parcourir…

 

BIBLIOGRAPHIE

La bibliographie est divisée en trois grandes parties.

Les grammaires du XVIe au XXe siècle sont répertoriées dans la première partie. Vous trouverez une distinction par sujet au niveau des grammaires du XXe siècle, en raison de leur grand nombre. La deuxième partie concerne les dictionnaires anciens et récents, également classés par sujet. Les articles et les ouvrages traitant de notre sujet sont énumérés dans la dernière partie.

 

A) Les grammaires

* Les grammaires du XVIIe siècle

OUDIN (A.), 1632, Grammaire françoise rapportée au langage du temps, Paris, Pierre Billaine.

VAUGELAS (Cl.F.de), 1647, Remarques sur la langue françoise, Paris.

 

* Les grammaires du XVIIIe siècle

BEAUZEE (N.), 1767, Grammaires générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage. Pour servir de fondement à l’étude de toutes les langues, Paris, Imprimerie de Barbou, 2vol., 619pp.

GIRARD (abbé), 1747, Les vrais Principes de la Langue françoise, Paris, Le Breton.

LONEUX (E.), 1799, Grammaire générale appliquée à la langue françoise, Liège.

SICARD (R.A.), 1798, Elémens de Grammaire générale appliqués à la langue française, Paris, Bourlotton, 2vol., 466pp.

 

* Les grammaires du XXe siécle

a) Ancien français

BURIDANT (C.), 2000, Grammaire nouvelle de l’ancien français, Sedes, 800pp.

MOIGNET (G.), 1973, Grammaire de l’ancien français, Morphologie et syntaxe, Paris, Klincksieck, 445pp.

b) Moyen français

MARCHELLO-NIZIA, 1979, Histoire de la langue française aux XIVe et XVe siècles, Paris, Dunod, 378pp.

MARTIN (R.), WILMET (M.), 1980, Syntaxe du moyen français, Bordeaux, Sobodi, 316pp.

c) Français préclassique

GOUGENHEIM (G.), 1951, Grammaire de la langue française du seizième siècle, Lyon-Paris, I.A.C., 253pp.

d) Français classique

SPILLEBOUT (G.), 1985, Grammaire de la langue française du XVIIe siècle, Paris, Picard, 429pp.

STREICHER (J.), 1970, Commentaires sur les remarques de Vaugelas, Genève, Slatkine, 2 tomes.

e) Français moderne

DAMOURETTE (J.) et PICHON (E.), 1911-1940, Des mots à la pensée. Essai de grammaire de la langue française, Paris, d’Artrey.

GREVISSE (M.), 1997, Le Bon Usage. Grammaire française avec des remarques sur la langue française d’aujourd’hui, 13 éd., 4e tir., Paris, Duculot, 1762pp.

LE BIDOIS (G.) et LE BIDOIS (R.), 1968, Syntaxe du français moderne. Ses fondements historiques et psychologiques, Paris, Picard, 2e éd., 2vol.

LE GOFFIC (P.), 1993, Grammaire de la Phrase française, Paris, Hachette, 591pp.

RIEGEL (M.), PELLAT (C.), RIOUL (R.), 1994, Grammaire méthodique du français, Paris, P.U.F., 646pp.

WILMET (M.), 1997, Grammaire critique du français, Louvain-la-Neuve – Paris, Duculot, 670pp.

 

B) Dictionnaires

a) ancien français

GODEFROY (F.), 1880-1902, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Paris, Champion, 10 tomes.

GREIMAS (A.), 1992, Dictionnaire de l’ancien français, Paris, Larousse.

TOBLER (A.), LOMMATZSCH (F.), 1925, Altfranzösisches Wörterbuch, mit Unterstützung der Königlich Preussische Akademie des Wissenschaften herausgegeben von Erhard Lommatzsch, Berlin, Weidmann; Wiesbaden, Steiner, 1989, 11vol. parus.

b) moyen français

GREIMAS (A.), KEANE (T.), 2001, Dictionnaire du moyen français, Paris, Larousse.

c) français préclassique

HUGUET (E.), 1925-1967, Dictionnaire de la langue française du 16e siècle, Paris, Champion ( à partir du 4e vol. : éd. Didier), 7vol.

d) français classique

CAYROU (G.), 1923, Le français classique. Lexique de la langue du dix-septième siècle expliquant d’après les dictionnaires du temps et les remarques des grammairiens des mots d’aujourd’hui vieillis ou différemment employés, Paris, Didier, 888pp.

DUBOIS (J.), LAGANE (R.), LEROND (A.),1971, Dictionnaire du français classique, Paris, Larousse, 564pp.

FURETIERE (A.), 1727, Dictionnaire universel, contenant généralemant tous les mots français tant vieux que modernes, et les termes des sciences et des arts, où l’on explique … la musique … la dance … par Antoine Furetière … corrigé et augmenté par Basnage de Beauval, et en cette nouvelle édition, par Brutel de la Rivière, La Haye, Husson, 4vol.

 

C. Articles et ouvrages

BAT-ZEEV SHYLDKROT (H.), 1988, « Le Développement sémantique des conjonctions en français : quelques concepts généraux », dans Revue romane, 1, pp. 9 – 20.

BAT-ZEEV SHYLDKROT (H.), 1995, “Subordonnées circonstancielles et dépendance sémantique. Comparaison, concession et condition : grammaticalisation et sens des connecteurs », dans DANON-BOILEAU (L.) et MOREL (M-A.) (éds.), Faits de langues, 5. La comparaison, pp. 145 – 155.

JONAS (P.), 1971, Les systèmes comparatifs à deux termes en ancien français, Bruxelles, Editions de l’Université de Bruxelles.

LE GOFFIC (P.), 1991, « Comme, adverbe connecteur intégratif : éléments pour une description, dans Guimier (C.) (éd.), L’adverbe dans tous ses états, Travaux linguistique du CERLICO, Caen,, Presses universitaires de Caen, pp. 11 – 31.

PIERRARD (M.) & LEARD (J.-M.), 2002, “L’analyse de comme : le centre et la périphérie“, dans P. Hadermann, A. Van Slijcke, M. Berré (éds.), La syntaxe raisonnée, Louvain-la-Neuve, Duculot, pp. 203-234

PIERRARD (M.), 1999a, « Comme, relateur de prédicats », dans Cahiers de l’institut de linguistique de Louvain, 25, pp. 153 – 168.

PIERRARD (M.), 1999b, « Grammaticalisation et contexte : l’extension des emplois de Comme », dans Revue de Sémantique et Pragmatique, 6, pp. 111 – 123.

PIERRARD, 1998a, « Proformes indéfinies et prédication complexe », dans FORSGREN (M.), JONASSON (K.), KRONNONG (H.) (éds.), Prédication, assertion, information. Actes du colloque d’Uppsala en linguistique française, 6-9 juin 1996, Uppsala, Acta Universitatis Upsaliensis, pp. 423 – 432.

PIERRARD (M.), 1998b, « Comme  ‘relatif à antécédent’ en ancien français : grammaticalisation de la proforme indéfinie », dans BOONE (A.) et PIERRARD (M.) (éds.), Les marqueurs de hiérarchie et la grammaticalisation, Travaux de linguistique, 36, pp. 127 – 146.

TRAUGOTT (E.) et HEINE (B.) (eds.), 1991, Approaches to grammaticalization, Vols I et II, Amsterdam, Benjamins.

 

© Valerie Wielemans. Círculo de lingüística aplicada a la comunicación/ Cercle de linguistique appliquée à la communication/ (clac) 22, mai 2005. ISSN 1576-4737.

http://www.ucm.es/info/circulo/no22/wieleman.htm

clac 22/ 2005

page de garde



[1] Nous voudrions remercier Prof.Dr. Michel Pierrard (VUB), Prof.Dr. D. Van Raemdonck (VUB-ULB) et Prof.Dr. P. Hadermann (UG) pour les relectures et les précieux conseils tout au long de cette étude.

[2] Notre contribution analysera plus particulièrement la concurrence comme/comment. Combien et que pourront faire l’objet d’études ultérieures.

[3] Exprimée par aussi comme, tant comme

[4] Exprimée par ainsi comme

[5] Lorsque nous faisons un saut vers l’anglais et le néerlandais, nous constatons que cette alternance n’est pas exceptionnelle. Il est intéressant ici de faire un saut vers l’anglais et le néerlandais. Than et as en anglais

(32a-b) et dan et als en néerlandais (33a-b) se concurrencent de la même façon que comme et que en français du 16e siècle.

(32a) Mary is nicer than Pete.

(32b) Mary is as nice as Pete.

(33a) Marie is vriendelijker dan Piet.

(33b) Marie is even vriendelijk als Piet.

 

[6] Il est fort comme un Turc.

[7] Il est aussi fort qu’un Turc.

[8] Il est aussi fort que son père.

[9] Nous retrouvons ces concepts chez Jonas (1971), qui explique que l’immensuration est “l’opération par laquelle l’esprit mesure le degré d’intensité […]”, alors que la commensuration correspond à une confrontation de deux immensurations, dont le résultat « est déterminé par la position relative de chacun des curseurs mis en mouvement dans les deux immensurations préalables » (1971 : 373)